3 questions à . . .

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Serge Bensimon, co-fondateur de la marque Bensimon avec son frère Yves.

Ce touche-à-tout, connu pour ses collections de prêt-à-porter et d’accessoire, a construit un univers qui lui ressemble avec sa galerie de design et sa librairie. En novembre dernier, il a ouvert un nouvel écrin coloré : son deuxième concept store parisien, HOME – Autour du Monde, rue des Pyramides à Paris.

Quelles ont été les évolutions récentes les plus marquantes dans la mode ?
Je pense spontanément aux multimarques. Leur situation a tellement changé. Avant, ils étaient très présents dans les centres-villes et il y avait moins de concurrence. Quand nous avons commencé il y a 25 ans, nous travaillions surtout avec eux.
Aujourd’hui, il y en a de moins en moins, les gens vont dans les centres commerciaux où ils peuvent garer leur voiture. La concurrence s’est accrue notamment avec les chaînes comme H&M ou Zara. Je trouve dommage que les mairies ne prennent pas plus d’initiatives pour faire revivre les centres-villes.
Par ailleurs, les représentants commerciaux qui vont chez les multimarques sont un peu perdus parce que le marché n’est pas simple. Tout cela nous pousse à trouver des solutions pour aider les multimarques, pour dynamiser leur projet. Nous ouvrons pour la première fois un magasin en commission – affiliation avec un détaillant que nous connaissons bien à Clermont-Ferrand. Nous pouvons aussi signer des contrats de partenariat. En parallèle, nous inaugurons toujours des magasins en propre. Nos racines sont niçoises mais nous avons réalisé que notre marque plaisait beaucoup dans l’Ouest de la France. Nos dernières ouvertures sont en grande partie dans cette moitié de l’hexagone. Les deux prochaines étant à Dinard et à Vannes.

Vous défendez depuis toujours un regard, une offre transversale qui ne se limite pas à la mode. Vous avez même ouvert une galerie. Pensez-vous qu’il soit indispensable aujourd’hui de penser global ? Quelle sera la prochaine étape de votre développement ?
Avant de lancer la marque, nous travaillions dans l’univers du surplus militaire. Notre envie de mode s’est inspirée de cet univers. Je ne voulais pas de la couleur noire alors que c’est ce qui se vend le mieux. J’ai donc appris la couleur. La tennis, elle, est clairement transgénérationnelle. Quant aux objets, j’ai eu envie d’en présenter au retour d’un séjour au Japon. Tout part d’une volonté de partager après avoir fait des découvertes, des voyages. J’ai aussi eu envie de montrer ce que j’aime aux Etats-Unis, dans l’histoire du pays, les Indiens, les Amish.
Même si depuis quelques années, on entend beaucoup parler de concept stores, certains s’accaparent ce nom alors qu’ils ne proposent que quelques bougies et du parfum dans leur magasin. Notre offre est beaucoup plus transversale. Pendant longtemps, les multimarques ne comprenaient pas qu’une marque touche à tout et ne se limite pas à la mode. Aujourd’hui, ils comprennent un peu mieux.
Quand j’ai ouvert la Gallery S.Bensimon, en 2009, c’était dans la continuité de mon travail. Je voulais mettre en avant de jeunes designers, ce côté « art & craft ». Nous faisons de l’édition de mobilier et d’objet et nous organisons une exposition tous les trimestres. Ça donne une belle visibilité. Nous faisons désormais partie du circuit parisien du design. La même année, nous avons repris la librairie Artazart sur le Canal Saint-Martin où des événements, des expositions ont lieu régulièrement. Dans le même esprit, nous aimons les collaborations avec d’autres créateurs, marques ou magasins. Les dernières ont été signées avec 10 Corso Como (célèbre enseigne milanaise) et avec Sophie Albou (de Paul & Joe). Je pense que tout ça représente un bel ensemble si on veut bien le faire. Un ensemble qui constitue la fondation d’une marque différente.

Pensez-vous que les goûts soient uniformisés ? Est-ce que la notion de concept global, qui est la marque de fabrique de Bensimon, puisse s’exporter en racontant la même histoire à l’international ?
Je pense que la marque est bien ancrée dans l’air du temps. Elle peut être distribuée dans le monde entier pour ce qu’elle est, pour son image, son style. En ce moment, nous sommes en phase de développement aussi bien en France qu’à l’international. Nous sommes vendus en Chine, à Hong-Kong, en Corée, à Taïwan. Pas au Japon parce que j’y ai un ami proche dans la mode. Je ne souhaite pas aller sur son terrain. Nous avons signé avec Lane Crawford pour un corner pour les fêtes de fin d’année. On pourra y voir tout notre univers. Nous avons également de bons clients en Italie, en Espagne et un peu en Angleterre. Nous avons commencé à travailler en Allemagne. Nous avons construit une véritable histoire autour de la marque. Elle est incarnée, elle raconte quelque-chose. C’est ce que les clients internationaux recherchent en venant vers nous. Dans quelques jours, nous dévoilerons notre nouveau site internet avec un e-shop. Le site et notre présence sur les réseaux sociaux nous semblent essentiels pour nous donner de la visibilité et rester en phase avec ce qui se passe autour de nous et montrer les coulisses de la marque.