3 questions à...

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Pascal Denizart, directeur général du CETI

A la tête du CETI (Centre Européen des Textiles Innovants) depuis 2014, cet ingénieur textile a travaillé dans les métiers de la mode et l’innovation textile avant de s’investir dans les nouvelles technologies de l’information appliquées aux textiles aux États-Unis. En 2011, il devient Directeur marketing et Business development de l’IFTH (l’Institut Français du Textile et de l’Habillement) et commence à piloter le groupe de travail IFTH/CETI en 2013. Objectif : définir l’offre du CETI et son développement commercial en complémentarité avec les prestations de l’IFTH.

Quels sont les missions et les projets du CETI?
Le CETI appartient à un site d’excellence dont la vocation est de promouvoir, rassembler et fabriquer l’innovation textile. Ce site regroupe le pôle de compétitivité Up-Tex, le club d’entreprises spécialisés dans le développement des textiles techniques Clubtex, Innotex, seul incubateur de textiles en France, Promotex et les organisations professionnelles l’Uit-Nord (l’Union des Industries Textiles du Nord) et Uric-Unimaille (Habillement).
La plateforme technologie et service du CETI travaille sur la recherche appliquée et le développement produit incluant le prototypage, véritable démonstrateur d‘innovation. Notre mission est focalisée sur deux grands axes, filage et non-tissé mais intègre aussi l’ingénierie sur l’ensemble des textiles de la fibre au produit fini. Notre rayonnement, qui part du dynamisme de notre région, le Nord de la France, est international. Nous conjuguons des applications pour la filière textile et des marchés utilisateurs des textiles. L’une de nos priorités est également d’être plus efficace et plus rapide en terme de conception et de mise en application des innovations. Nous devons progresser dans la virtualisation, la 3D, et les process numériques collaboratifs.
Le CETI est l’un des rares centres dans le monde capable de prototyper tous types de tissus et de fils. Nous avons des clients dans le monde entier car notre offre est unique sur le plan européen. En effet, notre démarche est centrée sur la transformation des idées pertinentes en innovation qui ne peut exister que lorsque l’idée a trouvé un marché.

Quelles innovations majeures dans le textile vous semblent les plus marquantes pour la mode?
Les vêtements connectés sont régulièrement médiatisés. C’est l’un de nos axes de recherche et d’innovation mais ce n’est pas le seul. Les textiles connectés appartiennent à ce que l’on appelle les textiles intelligents, smart textile en anglais.
Un grand nombre d’applications viennent du secteur médical ou du sport. Ils ont fait énormément progresser le domaine. Mais ces textiles intelligents peuvent se retrouver intégrés à des vêtements ou des accessoires de mode. En fait, tout dépend de la fonction, de l’usage que l’on veut obtenir.

On parle de plus en plus d’accessoires et de vêtements connectés. Est-ce que cela représente une vraie réalité commerciale selon vous ou juste des « coups marketing »? Pensez-vous que ce type de produit peut contribuer à redonner envie aux consommateurs d’acheter?
En octobre dernier, Archos a diffusé son bonnet connecté avec des écouteurs Blue Tooth, disposant de 3 heures d’autonomie, intégrés dans la maille. Il était déjà épuisé dès le mois suivant. Il a eu un grand succès auprès des jeunes, qui était la cible de ce produit. En plus, son prix, 60€, restait accessible. Il y a trois ans, Adidas a sorti un tee-shirt qui mesure les pulsations cardiaques. Depuis, ils en ont vendu 5 millions !
Les jeunes sont connectés en permanence, donc, oui, il y a un marché, des attentes. Les grandes enseignes arrivent avec des produits à des prix abordables. Au delà des jeunes et des sportifs, ces vêtements ou accessoires connectés peuvent séduire les gens en recherche d’innovations et d’émotions. La mode peut vraiment créer des débouchés de ce côté-là.

Nous avons l’impression qu’il y a eu une sorte d’accélérateur des innovations ces dernières années. De quoi sera fait l’avenir proche?
Au CETI, nous travaillons aussi sur les textiles biosourcés qui s’inscrivent dans le cadre du développement durable. Pour ces textiles, nous ne travaillons pas que sur les fibres naturelles. Je rappelle que le coton a la pire image écologique. Nous cherchons avant tout à réduire au maximum l’empreinte environnementale des textiles. Nous misons en particulier sur un polyester biosourcé. À l’heure actuelle, les fibres PLA, élaborées à partir de l’amidon de maïs, ne résistent pas encore aux hautes températures. Nous faisons aussi des recherches autour de fibres issues d’autres cultures. L’objectif est de fournir des alternatives intéressantes aux fibres issues du pétrole.
Quant aux textiles connectés, aujourd’hui, nous nous concentrons sur les fibres electroactives versus le wearable computing qui intègre la micro-électronique dans la structure du textile. L’innovation fondamentale d’ici 3 à 5 ans porte sur le filament élaboré avec un polymère capable de produire sa propre énergie. De support, le textile devient acteur par ses propriétés. Nous pouvons imaginer des utilisateurs rechargeant leur téléphone portable grâce à leur veste. Le vêtement pourra produire de la lumière, avec des applications en matière de sécurité voir un support média.
C’est vrai que tout va très vite. Il faut quand même rappeler que l’arrivée d’internet ne date que de 1997 et le premier IPhone n’est apparu qu’en 2008. Aujourd’hui, notre principal ordinateur est notre Smartphone. Ses fonctions, ses interactions paraissent sans limites.