3 questions à . . .

Jacques-Hervé Lévy, Directeur Général de l’IFTH
Nommé Directeur Général de l’IFTH (Institut Français du Textile et de l’Habillement) en juin dernier, Jacques-Hervé Lévy n’est pas un nouveau venu. Il a précédemment occupé le poste de Directeur Régional à l’Institut de 2001 à 2012. Auparavant, ses fonctions au sein de la stratégie marketing et commerciale de grandes structures mais aussi de PME lui ont permis d’arpenter la planète. Avant d’être nommé à l’IFTH, il a été Directeur Général de l’ENSAIT (Ecole Supérieure des Arts et Industries Textiles).
Quelles sont les actions de l’IFTH ? En général mais aussi, en particulier celles qui sont en lien avec le prêt-à-porter ?
L’Institut Français du Textile et de l’Habillement a vocation, au titre de son statut de Centre Technique Industriel, de contribuer au développement économique des entreprises de la filière. A cet effet, l’IFTH transforme sa dotation budgétaire en conseils, services et informations économiques et techniques qu’il diffuse à l’ensemble des professionnels du textile et de l’habillement.
Les équipes de l’Institut couvrent l’ensemble du territoire via une dizaine d’implantations qui leur permettent de tisser un réseau de partenaires identifiés et reconnus, actifs dans le domaine de la formation, de la recherche et développement.
Notre rôle prioritaire est d’alimenter les réflexions des chefs d’entreprises en diffusant notamment des informations techniques par le biais d’une veille stratégique dotée d’outils performants.
L’IFTH compte une centaine d’experts, notamment des ingénieurs textiles et matériaux, modélistes, graphistes, chargés de diffuser des savoir-faire couvrant toute la filière, de la production de matériaux à la distribution.
Nous intervenons à l’interface de la recherche fondamentale et de l’industrie : notre rôle n’est pas, à proprement parler, de faire de la recherche fondamentale mais nous mettons au point et validons des prototypes dans des domaines aussi variés que l’impression 3D ou les vêtements connectés. Nous imaginons de nouvelles matières textiles ou des traitements de surface, tout aussi bien que des nouveaux modes de fabrication et de distribution des vêtements.
Sur un plan plus général, nous accompagnons les entreprises dans le choix de leurs investissements.
Dans le prêt-à-porter, notre première mission consiste à faire évoluer la perception et l’utilisation de la technologie. Le secteur du prêt-à-porter a beaucoup changé et a pris conscience des avantages concurrentiels découlant d’une prise en compte accrue de la technologie.
Comment faites-vous pour associer les marques de mode à vos recherches ?
L’Institut est en profonde mutation. Notre vocation est d’enrichir et d’orienter le business. En pratique, nous validons des innovations sur des petits groupes industriels partenaires pour mutualiser le risque mais cette pratique limite la communication des technologies. Il me semble préférable de miser sur des collectifs plus larges comme nous l’avions fait avec la Campagne nationale de Mensurations des Français. Nous devons évoluer pour mieux communiquer et servir la profession dans son ensemble.
Nous voulons mieux diffuser un outil comme le PLM, Product Life Management, qui permet de mieux gérer les produits, de leur conception à leur mise sur le marché. Notre objectif est de transmettre les savoir-faire nécessaires à la mise en œuvre de cet outil et favoriser son déploiement, y compris dans les entreprises de petite taille avec des solutions légères et partagées.
Comment voyez-vous l’avenir de la filière textile habillement en France à 10 ans? Quels sont les principaux vecteurs de croissance et champs à explorer davantage?
Nous constatons que nous parlons tellement tôt des innovations qu’elles paraissent banales le jour où les technologies sont déployées sur le marché.
Je crois beaucoup à la « mass-customisation » qui permet la co-conception et la co-réalisation. L’intégration du client final dans la démarche de la création de valeur dès la conception du produit va structurer l’évolution de nos filières.
Désormais, les marques peuvent et doivent prendre en compte les fournisseurs et les clients dans le processus de création du produit.
Cependant, de la co-conception à la co-fabrication, il n’y a qu’un pas et il va falloir veiller à ce que les marques préservent leur activité industrielle.
En effet, nous pourrions assister au développement de plateaux pour fabriquer et faire fabriquer des produits. Ce n’est pas une hypothèse lointaine puisque sur la Côte Ouest des Etats-Unis, on trouve déjà des plateaux issus aussi des cafés-mode qui proposent ce genre de service. Ces lieux mutualisent les outils de production. Ils ont commencé par fabriquer des sacs pour le vélo et ils customisent aujourd’hui des vêtements.
Demain, les marques devront vraiment jouer la carte de la personnalisation et des petites séries. Si elles font du volume à tout prix, elles vont se cannibaliser elles-mêmes. Zara l’a très bien intégré : elle fait du volume mais en misant sur des séries limitées.
Par ailleurs, et il s’agit là d’une évolution majeure, les textiles « green » sont devenus très importants en Europe. En France, il a fallu attendre une communication de risques liée à différentes affaires pour que cela se développe.
Il est révélateur de noter qu’une enseigne comme Carrefour communique sur la sécurité de son textile pour rassurer le consommateur. De son côté, Lidl ne vend que des textiles certifiés Oeko-Tex®. C’est même le leader en France sur ces produits. Ce n’est pas très étonnant parce qu’en Allemagne, le green fait partie intégrante du textile depuis une dizaine d’années. La France doit donc rattraper son retard dans ce domaine.