3 questions à . . . Étienne Derœux, CEO et Directeur artistique de la marque Etienne Derœux

Formé à l’Académie des Beaux Arts d’Anvers et à La Cambre à Bruxelles, Étienne Derœux a vite décidé de voler de ses propres ailes. Il a créé sa marque pour le printemps-été 2012. Il n’avait alors que 22 ans. Aujourd’hui, sa collection est diffusée dans une quarantaine de points de vente à travers le monde. Ses influences restent vastes : du sportswear à l’architecture. Élégantes et contemporaines, ses collections sont fabriquées en Europe à partir de fibres nobles.
Pourquoi avoir choisi de lancer votre marque en 2011 à l’âge de 22 ans?
C’était le bon moment pour moi, pour plusieurs raisons. Je revenais des États-Unis où j’avais terminé une mission. Depuis longtemps, ma future associée avait un bureau d’études dans la mode. Elle avait un bon réseau de sourcing, de fournisseurs, de façonniers. Elle m’a proposé de transformer ce bureau d’études en marque. J’avais donc tous ces outils à disposition et je ne voulais pas passer à côté.
Par ailleurs, je sentais qu’il y avait une demande pour de nouveaux créateurs à Paris. J’avais l’impression qu’il y avait un besoin, une envie de renouveau. Enfin, j’avais déjà une vision claire de ma marque, de ma collection. L’envie de créer ma marque a toujours été là. J’ai besoin d’être indépendant dans ma vie privée, dans ma vie professionnelle. C’est dans ma nature. La prise de risque, quand on se lance, ne m’a jamais trop perturbé et ça me perturbe de moins en moins. On s’amuse. On fait des vêtements. On ne sauve pas des vies ! C’est ma passion depuis toujours et j’ai envie d’en vivre comme je le souhaite.
En quoi ont consisté les aides pour accompagner vos débuts et votre développement?
Les deux Fédérations sont derrière moi : la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin et la Fédération Française de la Couture, du Prêt-à-Porter des Couturiers et des Créateurs de mode. Le DEFI (Comité de Développement et de Promotion de l’Habillement) également.
Priscilla Jokhoo, directrice du service entreprises de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin, m’apporte une aide quasi-quotidienne. Patricia Lerat, qui gère la promotion du showroom de créateurs Designers Apartment, me soutient depuis le début. Clarisse Reille, la directrice générale du DEFI, m’accompagne aussi. On ne le sait pas assez en France mais il existe des structures, des personnes qui apportent une aide très précieuse. C’est à la fois un soutien moral et logistique. La Fédération Française du Prêt à Porter Féminin nous a permis de travailler avec un comptable qui connait le secteur et ça change tout. En fait, ça nous ouvre des portes. Quand nous sommes confrontés à des problèmes administratifs, ça peut nous faire paniquer. Or nos interlocuteurs dans ces structures professionnelles nous aident à trouver des solutions. Ce soutien global nous fait gagner du temps alors que nous n’en manquons toujours.
Quelles sont les principales difficultés et opportunités pour un jeune créateur aujourd’hui?
Quand j’ai créé ma marque, il y avait un vent de jeunesse à Paris. C’était bien d’en faire partie. Les gens regardaient de nouveau Paris comme une ville de création. Il y avait une alternative aux grandes maisons. Le retard avec Londres ou New York semblait se combler. Je pense avant tout aux opportunités car tous nos voyants sont au vert. Nos ventes augmentent de saison en saison. Notre visibilité aussi. Les magasins achètent et reviennent acheter. Les Américains sont de bons clients. Les Japonais reviennent. Même les Français se dérident un peu. Ils redeviennent plus curieux, plus ouverts et ça fait du bien. Globalement, le marché est moins morose qu’il n’a été. De notre côté, nous devons inventer d’autres modèles, réinventer le métier. Voir ce que l’on peut faire, par exemple, entre le wholesale et le retail.
Sinon, outre le problème du cash flow, la difficulté principale en France est la relation des jeunes marques de mode aux institutions financières. Ils ne comprennent pas notre métier, nos cycles, nos contraintes. J’en suis à mon quatrième banquier ! Bien sûr, il y a toujours des problèmes. Ça ne s’arrête jamais mais on change de catégories de problèmes. Alors, on apprend au fur et à mesure et on devient meilleur.