3 questions à . . . Lyne Cohen-Solal, Adjointe au maire de Paris chargée du commerce, de l’artisanat, des professions indépendantes et des métiers d’art

C’est une personnalité, un visage familier de la mode. Adjointe au maire de Paris chargée du commerce, de l’artisanat, des professions indépendantes et des métiers d’art de 2001 à 2014, Lyne Cohen-Solal a démontré son engagement pour fédérer les acteurs de la mode, aider les créateurs et accompagner le développement des entreprises de mode à Paris mais aussi dans ses environs. Comme créatrice des Ateliers de Paris et présidente des Grands Prix de la Création de la Ville de Paris, elle a soutenu des projets ambitieux tels que les Docks – Cité de la Mode et du Design. En janvier dernier,
Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique et Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication, lui ont confié une mission visant à identifier les moyens de renforcer le développement culturel et économique de la mode et des créateurs français. Ce rapport sera rendu prochainement.
Quelles sont les forces et les faiblesses de la mode française aujourd’hui?
La mode française est une activité extrêmement vivante et puissante. Ses principales forces sont sa très grande créativité et sa capacité à exporter. Ce sont vraiment des points très importants. En revanche, ses faiblesses sont une trop forte dispersion des forces, le manque de synergie des différentes parties de la filière qui entraînent une déperdition d’énergie. On constate aussi des lacunes dans la formation et dans les circuits de financement. La formation initiale, notamment pour les techniciens, est bonne mais il n’y a pas de master en création de mode. La création de mode n’est pas une discipline reconnue dans l’enseignement supérieur. C’est une anomalie quand on regarde ce qui se fait en Belgique, en Italie ou en Grande-Bretagne. Quant aux circuits de financement, prenons comme modèle ce qui se fait pour le cinéma car cela fonctionne bien.
Quelles pourraient être les mesures prioritaires pour renforcer ce secteur selon vous ?
Je ne peux pas encore vous révéler en détail les pistes que je vais soumettre dans mon rapport car je ne l’ai pas encore rendu. Je peux tout de même vous dire que je souhaite proposer des solutions et quelques idées pour améliorer la formation, les synergies au sein même de la filière et rendre plus efficaces les circuits de financement.
Pour ces derniers, il y aurait plusieurs mesures à prendre. Il n’est pas normal de voir tant de blocages pour le financement de la création dans notre pays qui est reconnu par tous comme la patrie de la mode. Bien sûr, la mode ne procure pas toujours de rentabilité immédiate, même si nous connaissons de belles histoires de réussite rapide. Il est nécessaire que les banquiers le comprennent afin qu’ils accompagnent les marques dans la durée et au cours des différentes étapes de leur développement.
La mode est une industrie culturelle et créative qui n’est pas assez soutenue financièrement dans notre pays, sans doute aussi parce que certains la considèrent comme « frivole », ce qui est scandaleux quand on sait qu’elle emploie plus de 700.000 personnes et qu’elle est le premier produit français exporté en Asie !
J’aimerais aussi proposer la prise en compte du développement durable dans les activités de la mode et pousser encore davantage le bon usage du numérique.
Comment voyez-vous l’avenir et le potentiel de la mode française?
La mode française dispose d’une histoire prestigieuse. Le futur peut et doit l’être autant. Pour cela, il faut s’en donner les moyens. Nous disposons de merveilleux atouts, nous devons nous appuyer sur eux, les développer, les mettre en avant. Le monde change très rapidement. La mode française doit mieux s’adapter à la mondialisation, aux techniques du numérique, faire face à la terrible concurrence internationale. Ensemble, la créativité et les savoir-faire traditionnels donnent de très beaux résultats. Nous avons la chance de les avoir sur le même territoire pour bâtir une force de production encore plus forte. Je ne suis pas de celles et ceux qui disent que c’est trop tard car nos fleurons industriels ont disparu. D’autres industries doivent et vont apparaître, tant de jeunes remplis d’énergie en rêvent, y travaillent, nous devons les encourager et les soutenir. Pour moi, la mode a d’ailleurs toutes les chances et les capacités pour être une industrie culturelle et créative du futur. Elle embauche, invente, produit et exporte sans cesse. La France peut et doit continuer à bâtir une partie de sa croissance économique et culturelle sur cette puissante créativité que le monde nous envie et ses inépuisables réserves d’énergie.