3 questions à . . . Uriel Karsenti, fondateur et PDG de Maison Standards

Certains plus que d’autres semblent être au bon endroit au bon moment. Uriel Karsenti fait partie de ces personnalités. Après s’être essayé au métier d’avocat d’affaires, il a changé de voie pour se forger une expérience dans la mode. Il a ainsi occupé le poste de directeur général dans le prêt-à-porter (Barbara Bui), dans la mode enfantine (Groupe Zannier) et dans l’accessoire de luxe (Pierre Hardy). De quoi maîtriser le pendant haut de gamme du secteur. Il ne lui manquait plus qu’une corde à son arc : créer sa marque. C’est ce qu’il a fait en 2013 avec Maison Standards : une marque unisexe, dédiée aux « intemporels » , des produits permanents exclusivement vendus sur son site internet.
Pourquoi avez-vous décidé de lancer Maison Standards ? Quel était votre objectif ?
Avant de lancer Maison Standards, j’ai travaillé près de douze ans dans l’industrie de la mode, apprenant tous les rouages du métier. Après avoir été adjoint à la direction générale chez Barbara Bui, j’ai été aux commandes d’une belle marque enfantine avant d’arriver auprès de Pierre Hardy. Ces expériences m’ont apporté une fine compréhension de l’industrie de la mode. J’en ai tiré plusieurs constats notamment sur les dysfonctionnements du secteur liés à la juste valeur d’un produit et aux questions d’éthique.
J’ai lancé Maison Standards au printemps 2013. L’un des objectifs était de proposer un nouveau modèle en lien direct avec le consommateur, sans intermédiaire, sans saison, et sans soldes. Ce modèle existe déjà dans le mobilier ou les lunettes mais nous sommes les premiers à l’explorer dans le monde du vêtement de manière aussi radicale. Notre modèle, avant tout économe, est verticalement intégré : nous gérons tous les métiers de la création à la vente. Seule la production ne se fait pas en interne. Nos fournisseurs sont des partenaires de confiance, sélectionnés pour leur savoir-faire dans le luxe, au Portugal, en Bulgarie, en France, en Chine ou en Tunisie. Nous avons noué des relations de confiance avec eux et nous leur rendons visite trois à quatre fois par an. Ces usines respectent nos standards d’éthique et de respect des bonnes conditions de travail.
Par ailleurs, nous ne produisons pas au-delà de nos besoins. Cela signifie que nous pratiquons plus la rupture de stock que le « surstock ». Nous ne lançons que des petites séries qui nous permettent de tester les matières, les couleurs, les modèles. Nos collections grandissent tous les mois et sont faites de produits permanents, les standards, mais intègrent aussi quelques produits saisonniers voire une ligne capsule.
Comment percevez-vous l’évolution de la mode en France voire en Europe ?
Maison Standards a capté l’air du temps. Nos clients sont comme nous, agnostiques en matière de mode, à la recherche de valeurs, d’éthique, de transparence et d’honnêteté.
Petit à petit, certaines marques répondent à cette demande. Elles prennent des responsabilités vis-à-vis des usines en se souciant vraiment des conditions de travail. Quant au style, les vêtements deviennent plus simples, la mode s’épure et le client recherche un vêtement qui se porte avant tout. Le consommateur a besoin de produits qui le rassurent. C’est pourquoi le cœur des collections se compose de permanents.
Dans les faits, l’économie de la mode ne change pas encore assez vite mais l’essor du e-commerce est de plus en plus évident.
Pensez-vous que le mode de fonctionnement du secteur a atteint ses limites aujourd’hui ? Pour quelles raisons? Quelles seraient les nouvelles pistes à explorer selon vous ?
Chaque saison, avec plusieurs centaines de références, les marques présentent des collections très larges alors qu’une poignée de produits réalise le cœur des ventes. En général, entre dix et vingt produits représentent plus de 60% du chiffre d’affaires. Cela entraîne beaucoup de dépenses et de gâchis. C’est pourquoi Maison Standards se concentre sur des produits essentiels, en maitrisant les coûts pour que le client paie le produit au juste prix. Pour cela, nous faisons l’économie des boutiques intermédiaires afin de réduire les marges de distribution qui sont très élevées. En moyenne, nous vendons nos produits 2,5 à 3 fois leur prix de revient alors que le secteur revend généralement un produit entre 7 à 10 fois son prix de revient.
Maison Standards a fait le pari de faire naitre et rayonner une marque exclusivement par internet, et c’est un pari gagnant. Aujourd’hui, le consommateur est devenu agnostique. Il ne croit plus aux logos ni aux marques. Il en a assez du système traditionnel de la mode où il y a eu trop d’abus sur : les prix, les cycles de collections, trop rapides, et les soldes et déstockages, hystériques. La mode a atteint le paroxysme du marketing. Par conséquent, en tant que marque, nous devons comprendre notre responsabilité. Il y a un vrai devoir d’honnêteté et de transparence.