3 questions à . . . Sébastien Kopp, co-fondateur de Veja et du multimarques Centre Commercial

Tout est parti d’une histoire d’amitié. Diplômés en management et sensibles à l’écologie, Sébastien Kopp et François-Ghislain Morillion se sont fait connaître en repensant toutes les étapes de production d’un produit de grande consommation qui leur plaît : la basket.
En 2004, les deux amis, alors âgés de 25 ans, lancent Veja. Quelques années plus tard, forts de leur succès, ils se lancent dans une nouvelle aventure et ouvrent, en 2010, le mutimarques Centre Commercial non loin du Canal Saint-Martin. Il y a trois ans, ce lieu qui leur ressemble a donné naissance à une deuxième adresse dédiée à l’enfant.
Pourquoi avez-vous eu envie d’ouvrir Centre Commercial ? Quel était votre objectif à l’époque ?
Nous avions lancé Veja en 2005. Une nouvelle marque de baskets, produites avec des matériaux écologiques sourcés directement au fin fond de la forêt Amazonienne, du coton agro-écologique, et qui respectent les droits sociaux des travailleurs. Nos deux piliers sont l’esthétique et la transparence. Veja a pris son envol très vite et aujourd’hui, l’entreprise emploie 40 personnes. Et 10 ans après, notre croissance raisonnée continue.
Dès 2008, je voyais beaucoup de marques se préoccuper du sourcing et lancer des projets très cool. Certaines étaient made in France, en coton bio. D’autres fabriquaient au Portugal, au Japon. Toutes répondaient aux deux piliers de Veja, le design et un sourcing « clean », transparent. J’ai donc eu l’idée de créer un lieu, en 2010, où nous pourrions les rassembler et leur servir de tremplin. Nous avons donc sélectionné des nouveaux venus, des marques récentes et d’autres plus anciennes mais un peu oubliées, comme Paraboot, Patagonia, Church’s, qui avaient toutes des pépites dans leur collection. L’autre point commun de ces marques est qu’elles ne mentent pas. Nous aurions pu créer un magasin Veja mais je trouvais plus intéressant d’ouvrir un lieu rassemblant ce type de marques car ça n’existait pas.
Comment voyez-vous l’avenir de Centre Commercial ? Vers quelles orientations vous dirigez-vous ?
Centre Commercial a été construit comme un lieu et non comme un magasin. Nous sélectionnons les marques sur plusieurs critères : le design et la transparence de production. Nous voyons Centre Commercial comme un lieu culturel, de découvertes, qui mélangent nos influences : esthétique, engagement et initiatives plus marginales. Nous créons des projets avec des entreprises qui vont dans le bon sens. Il y a beaucoup d’humain et de passion à la base, puis la raison et le commerce suivent. Nous tenions à créer quelque-chose de différent et participer à un monde que nous voulions voir émerger, avec une chaîne de valeurs équilibrée. Je souhaite que cela reste comme cela.
En 2011, nous avons créé notre eshop. Nous le développons, nous le faisons vivre. Il représente une partie importante de notre chiffre d’affaires. Sur le site, près de 50% de notre clientèle est internationale. Quant à la boutique Kid, nous l’avons ouverte en 2013 parce qu’il y avait beaucoup de demandes sur les Veja pour enfant. Comme nous collaborions avec une vendeuse qui aimait beaucoup cet univers, nous nous sommes lancés.
Bien sûr, nous avons des projets en cours mais nous n’en parlons pas avant que ce soit réalisé.
Nous continuerons à accueillir des innovations dans tous les domaines que nous suivons. Nous avons fait de Centre Commercial un carrefour, un pont entre des ONG, l’écologie, des écrivains, des artistes. Nous vendons des livres, des revues, des DVD et nous organisons aussi des expositions. En juin, nous exposerons les photos de Charlotte Lapalus. Là aussi, nous sommes une sorte de tremplin.
Comment percevez-vous l’offre des marques de mode françaises? En particulier quand vous la comparez à ce que vous observez ailleurs, dans d’autres pays ?
Je voyage beaucoup en Europe, aux États-Unis, au Brésil et je constate que les Français ont tendance à se mésestimer. Pourtant, la France est extrêmement dynamique. La génération qui arrive est décomplexée et elle n’hésite plus à monter des marques. Certes, nous traversons une période difficile notamment avec les attentats mais c’est extrêmement excitant et motivant de travailler ici. Il y a plein de projets, de lieux qui se créent avec des valeurs communes. Je pense que Paris n’a rien à envier aux capitales étrangères en matière de créativité et d’innovation, même si les Français ne s’en rendent pas compte.
Des marques comme AMI, Bleu de Paname, Roseanna, Veja ou encore Arpenteur ont un grand avenir devant elle en évoluant de façon naturelle et organique.