3 questions à . . . Matthieu Gamet, Président de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode et directeur général de Kulte

Il a fait ses armes dans l’édition de magazines de cultures urbaines à Londres. De retour à Marseille, Matthieu Gamet rejoint l’entreprise familiale qui gère la licence Volcom avant de racheter la marque Kulte. Suite à la liquidation de la marque l’année dernière, il a signé un contrat de production et de distribution avec Kaporal, une autre griffe marseillaise. De quoi donner un nouveau souffle à sa marque. En parallèle, il a pris le relais de Jean-Brice Garella à la Présidence de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode (MMMM) en juillet 2014.
Quelle est la place aujourd’hui de la région PACA dans le rayonnement de la mode ?
Nous avons présenté des chiffres récents sur la région PACA et ils s’avèrent très évocateurs. En effet, le secteur textile-habillement ne compte pas moins de 19 000 emplois pour un chiffre d’affaires d’1 Mds d’€. Avec près de 150 marques, la région représente un poids important en France. Marseille n’est autre que la 2e ville de France pour la mode ! Paris est la capitale de la Haute Couture et les créateurs. Marseille, une Métropole, avec l’ensemble des marques de prêt-à-porter issues en particulier d’une mode urbaine. Toutes ces données sont prises en compte par nos partenaires privés et publics qui, à nos côtés, défendent et soutiennent les missions de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode et sa place de « hub » de mode en Méditerranée.
Quel est le rôle de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode ?
Son rôle est multiple. Tout d’abord, c’est un vivier de jeunes entreprises de mode. Elle les accompagne et les suit afin de pérenniser leur activité. En parallèle, nous sommes partenaires de la formation en étant associés à l’Université Aix-Marseille (AMU) dans le cadre d’un Master 1 et Master 2 en management de la mode. Ces étudiants ont des intervenants industriels de la région. En outre, nous créons des échanges entre la jeune création et ses futurs managers. Cela peut être déterminant pour l’avenir. Enfin, nous organisons deux prix pour récompenser de jeunes talents. Pour M Major, nous sélectionnons dix entreprises à fort potentiel parmi notre pool de créateurs régionaux que nous accompagnons durant un an avec un mentoring personnalisé en BtoB. Par ailleurs, le Mediterranean Fashion Prize (MFP), que nous avons créé en 2010, est ouvert à 19 pays méditerranéens. Pour l’édition 2016, nous avons reçu 100 dossiers de candidature. Les dix lauréats sélectionnés bénéficient également d’un programme « premium » avec des experts dédiés pour un mentoring en e-learning sur 7 mois. Ce concept innovant de formation à distance a l’appui de grandes maisons du luxe notamment les Maisons Dior et Chanel.
Comment analysez-vous le secteur du prêt-à-porter en France en général et à Marseille, en particulier ? Quelles sont ses principales qualités et ses défauts/ handicaps majeurs ?
L’une des principales qualités du secteur en France est sa richesse. Il y a une rapidité de renouvellement des marques qui me surprend toujours. Chaque année, il y a des nouveaux venus portés par leur passion. Cette multitude fait que la mode fonctionne. Localement, à Marseille, on constate aussi un foisonnement créatif presque sans précédent. Il y a une effervescence palpable qui me fait penser à la French Touch dans la musique. Le secteur se porte donc plutôt bien. Néanmoins, depuis une dizaine d’années, le développement des chaînes de fast fashion a, certes, mis la mode dans la rue, mais il a également contribué à niveler les prix vers le bas. Cela a vraiment eu un impact profond sur le secteur et des marques en ont souffert. Face à cette réalité économique complexe, le rôle de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode est de sensibiliser les collectivités territoriales. Aujourd’hui, la contrepartie à ce bouleversement peut s’incarner dans le retour aux racines, à l’origine locale des produits. Avec le digital, tout s’accélère. On assiste à une uniformisation du système de pensée. Quand un phénomène émerge à Tokyo, il peut débarquer immédiatement partout ailleurs. Il est donc important de miser sur l’authenticité, sur une mode durable voire sur le Made in France
Quels sont les objectifs du 1er évènement #OPENMYMED soutenu par les Maisons du Luxe et les grandes entreprises de mode marseillaises ?
Nous souhaitons mettre en avant la dynamique et la créativité du secteur avec le soutien de mécènes, réunis par Maryline Bellieud-Vigouroux, et créer un rendez-vous annuel à la fois culturel et économique. Dans le cadre de #OPENMYMED, plusieurs événements ont été organisés à Marseille dans deux lieux phares de la ville, le MuCEM et le Musée des arts décoratifs et de la mode, au Château Borely, en présentant jusqu’au 29 août la première collection « 13015 » du jeune couturier Yacine Aouadi, né à Marseille dans les quartiers Nord.
Parallèlement à la Villa Méditerranée, nous avons associé les 20 lauréats de nos deux concours dans un showroom. Ils ont pu rencontrer des acheteurs internationaux, des journalistes et leurs experts qui ont défini le nombre d’heures de formation offertes par la MMMM. L’objectif étant de renforcer leur connaissance pour un développement optimal. Le budget dédié à chaque lauréat représente environ 20 000 €.
#OPENMYMED nous a permis d’inviter des partenaires méditerranéens et français à débattre sur des sujets d’actualité comme celui de la formation niveau Master avec l’Institut Français de la Mode (IFM) et Aix-Marseille Université (AMU) et la présence de nombreuses DRH dont celle de la Maison Dior. Cela produit des échanges constructifs avec un projet : la création d’une plateforme d’échanges et d’informations.
Enfin, nous travaillons déjà sur la deuxième édition de #OPENMYMED. Nous avons acquis une légitimité en tant que ville méditerranéenne de la mode. Nous souhaitons d’ailleurs rassembler davantage d’entreprises régionales afin qu’elles participent à ce parcours de mode.
Découvrez l’événement #OPENMYMED : www.m-mmm.fr
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