3 questions à . . . Françoise Seince, directrice des Ateliers de Paris

Dans une première vie, Françoise Seince a été journaliste puis rédactrice en chef de Métiers d’Art Magazine et responsable de la communication de la Société d’Encouragement aux Métiers d’art (actuel Institut National des Métiers d’Art) durant dix ans. Depuis 2005, elle est directrice des Ateliers de Paris. Au fil du temps, elle a développé cette structure mais aussi ses domaines d’action. Chaque année, la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin est partenaire de la Ville de Paris pour le Grand Prix de la Création mode récompensant un talent émergent et un créateur confirmé.
Quelles sont les missions des Ateliers de Paris ? Et quelles sont les évolutions majeures que vous constatez chez les marques de mode depuis 10 ans ?
Les Ateliers de Paris sont un service de la Ville de Paris dédié au soutien et à la promotion de la filière des métiers de création : métiers d’art, mode et design. Pour cela, nous disposons de plusieurs outils. Un pôle d’accompagnement est ouvert à tous les professionnels avec des formations d’aide à la création d’entreprise mais aussi du conseil dans tous les domaines qui permettent de structurer l’activité : gestion, protection juridique, marketing ou communication. Pour les créateurs de mode, une plateforme Lectra est accessible en service partagé. La promotion, elle, se fait, entre autres, à travers des expositions dans notre galerie et dans des espaces hors les murs. Quant au Grand Prix de la Création de la Ville de Paris, il récompense deux créateurs dans les trois catégories que sont les métiers d’art, de la mode et du design. Les Ateliers de Paris proposent également un incubateur d’entreprises qui permet à des créateurs d’accéder, sur dossier, à des espaces de travail au loyer modéré pour une durée maximum de deux ans. Au total, nous accueillons 40 créateurs sur trois lieux.
Concernant l’évolution de la situation des créateurs, il y a dix ans, s’ils fabriquaient autour de Paris, c’était un peu par défaut. Aujourd’hui, ils basent leur démarche sur le Made in France avec parfois l’aide de façonniers plus ouverts. Les marques émergentes mettent en avant des préoccupations éthiques sur le sourcing, la fabrication ou le bilan carbone. La mode aujourd’hui intègre ces problématiques.
Quels sont les points forts et les points faibles des jeunes créateurs de mode au sein des Ateliers de Paris mais aussi dans ce que vous observez par ailleurs ?
Les formations sont très bonnes en France même si elles doivent aujourd’hui permettre aux étudiants d’aller encore plus loin dans leur cursus. Les jeunes créateurs de mode sont toujours aussi créatifs de même que les techniciens sont très compétents. Ils restent cependant mal préparés aux questions économiques et notamment au côté « business » de la mode. J’encourage rarement les jeunes sortant de l’école à créer leur propre marque. Ils ont besoin d’acquérir une expérience professionnelle pour éviter de s’épuiser trop vite. C’est toujours difficile pour une marque de mode de démarrer. Le rythme est effréné. Le milieu est rude. Les marques ont du mal à exister. De plus, Il leur faut des moyens qu’elles ont rarement.
Quelles seraient les mesures à prendre pour mieux préparer les jeunes créateurs et les jeunes marques de mode aujourd’hui à se lancer mais aussi à durer ?
Il faudrait sans doute d’autres structures comme les Ateliers de Paris avec notamment des espaces équipés. A Paris, il n’existe pas de moyens mutualisés pour les créateurs de mode. Il faudrait proposer des services partagés : une salle de coupe, des machines, un logiciel de gradation mais aussi des modélistes pour permettre la mise au point des prototypes, faciliter l’accès aux fournitures… Tout est coûteux pour des petites structures indépendantes qui n’ont pas de force d’achat et donc pas de marge de négociation possible. On pourrait aussi imaginer une certaine bienveillance de la part de marques plus installées en faveur de celles qui démarrent. Enfin, identifier plus clairement les investisseurs privés potentiels car le nerf de la guerre reste l’aspect financier. La créativité, elle, est bien là !