3 questions à . . . Régis Pennel, Président et Fondateur de L'Exception

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Après ses études à Polytechnique puis à l’école des Mines, Régis Pennel suit une voie toute tracée : consultant chez Cap Gemini avant d’intégrer le Ministère des Finances. Mais sa passion pour la mode va vite prendre le dessus. Dès 2007, il entre chez Céline : il y sera assistant exécutif du Directeur Retail France, Suisse et Monaco avant d’être nommé chef de produit pour la maroquinerie. Fin 2011, il quitte cette maison pour fonder L’Exception, un site de ventes en ligne qui distribue aujourd’hui 400 marques pour la femme et l’homme. Enfin, son concept-store ouvert en avril dernier, qui fait partie des nouveaux acteurs de la Canopée des Halles, s’ouvre peu à peu à la maison et au lifestyle.

Quand vous avez lancé L’Exception en 2011, quels étaient vos objectifs ? Depuis, quels changements majeurs avez-vous observés sur votre créneau ?
Peu de temps avant de lancer le site, nous avons observé l’arrivée de nouvelles marques, d’Éditions MR à AMI, dont nous appréciions le style. Or il n’y avait pas de site pour les diffuser ni d’offre sur internet entre le positionnement luxe de net-a-porter.com et un site plus grand public tel que placedestendances.com. Il restait donc une place à prendre et nous avons démarré avec 40 marques. Aujourd’hui, nous en proposons 400. La demande est toujours aussi forte sur ce segment qui couvre aussi bien le « contemporary », le luxe accessible que les créateurs indépendants.
A l’origine, les premières marques que nous avions sélectionnées étaient mode et pointues. Puis, à terme, nous avons constaté que nous ne pouvions pas développer une activité pérenne sur une offre pointue. En effet, le client de tous les jours ne consomme pas que des marques de créateurs, il apprécie aussi les marques contemporaines. Nous avons donc tenu à vendre, au fil du temps, des produits très mode et des produits plus faciles d’accès. Plus de cinq ans après le lancement, avec un chiffre d’affaires de près de 4 millions d’euros, nous sommes un des seuls sites sur ce segment. C’est un métier difficile, avec peu de marges. Pour durer, il faut à la fois obtenir le soutien d’investisseurs et offrir une grande qualité de services. Si nous devions lancer L’Exception aujourd’hui, ça ne marcherait pas car ce serait trop compliqué dans l’univers compétitif actuel.

Comment voyez-vous l’évolution des marques françaises ? Quels sont leurs points forts, leurs points faibles ?
Dans l’ensemble, l’offre des marques françaises est créative, qualitative et attractive pour la clientèle. Elles possèdent une vraie valeur ajoutée mais leur point faible reste leur financement. Il existe une signature française vraiment forte. D’ailleurs, quand nous avons créé le site, notre identité s’est construite autour d’une sélection de marques 100% française. Aujourd’hui encore, elle reste très majoritairement française.
Plus globalement, j’ai l’impression que le soutien aux marques françaises s’est renforcé, qu’il émane de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin ou de la Chambre Syndicale du Prêt-à-Porter des Couturiers et des Créateurs de Mode avec Designers Apartment. Cet accompagnement est essentiel pour que les marques puissent s’installer, se stabiliser durant les premières saisons. En outre, nous ressentons une forme d’émulation dans le lancement de nouvelles marques depuis deux-trois ans. En revanche, leur business model change : nombreuses sont celles qui misent sur le web avant même de chercher des revendeurs. Certaines optent également pour un système de pré-commande.

Depuis l’ouverture de votre boutique aux Halles, comment analysez-vous la complémentarité entre la vente en ligne et votre boutique ?
En ouvrant la boutique aux Halles, en avril dernier, nous avons fait le choix de miser sur une distribution multicanale. La boutique est résolument complémentaire du site. Elle est également un levier de recrutement de nouveaux clients. Nous constatons que les va-et-vient sont permanents entre les deux. Depuis son lancement, le premier bilan est prometteur puisque le trafic comme le chiffre d’affaires sont à la hauteur de nos attentes. La localisation de la boutique peut étonner mais nous conservons toujours l’esprit start-up dans tout ce que nous entreprenons. Cela signifie que notre stratégie est alternative et que nous ne faisons pas les choses comme les autres. Nous pensons qu’il y a un gros potentiel pour une boutique sur ce segment, en particulier au centre de Paris. Nous avions déjà testé un espace de ventes à côté de nos bureaux dans le 10e. Le résultat s’était avéré très encourageant. Nous souhaitons continuer à nous développer à Paris et en France tant pour la boutique des Halles que pour le site. Par la suite, nous miserons davantage sur l’international qui représente aujourd’hui 15% de notre clientèle globale.