3 questions à . . . Amedi Nacer, propriétaire des entreprises de confection Les Etablissements Thierry et Simon Fonlupt Production

Il a attrapé le virus de la confection en entrant chez Kenzo en 1989. Il y occupe le poste de responsable de production. Quand LVMH rachète Kenzo en 1993, il poursuit sa mission plusieurs années jusqu’à ce qu’Hermès l’embauche, toujours pour chapeauter la production. Mais Amedi Nacer a toujours rêvé de diriger une entreprise… Et quand le propriétaire de l’un des sous-traitants avec lequel il collabore, les Etablissements Thierry, spécialisé dans les pièces à manches, lui propose en 2003 de reprendre la société, il saisit l’opportunité l’année suivante après avoir obtenu le soutien d’Hermès. Huit ans plus tard, il rachète Simon Fonlupt Production, un spécialiste du flou.
Quels sont les enjeux des fabricants comme vous aujourd’hui ?
Ils sont multiples. Nous devons à la fois assurer la transmission des savoir-faire, mainteniun bon niveau de production et continuer à faire évoluer nos outils et notre entreprise en fonction de la demande de nos clients. Il est fondamental d’installer un bon climat social dans les entreprises comme les nôtres, pour qu’elles soient attirantes pour les salariés. Et cela, pour que nos salariés aient envie de rester et pour que de nouveaux candidats aient envie de nous rejoindre. Dans mes deux sociétés, la moyenne d’âge est entre 42 et 43 ans. Nous mettons en place des parcours d’intégration. Durant quatre mois, la nouvelle recrue est formée en étant suivi par un tuteur ou une tutrice. C’est un accompagnement à la fois technique et humain. Nous rémunérons les tuteurs avec une prime. Cela leur apporte une reconnaissance qui me semble importante. Nous proposons un contrat d’intéressement depuis six ans et nous avons mis en place un programme pour que la majorité de nos effectifs obtiennent un CQP (contrat de qualification professionnelle) pour valoriser le travail et l’expérience de nos salariés.
Quel est votre savoir-faire ? Est-ce que l’organisation du travail a sensiblement changé ? Pour cela, avez-vous beaucoup investi ces dernières années ?
Les Etablissements Thierry sont spécialisés dans la confection de pièces à manches tandis que Fonlupt est spécialisé dans le flou. Pour la partie matérielle, nous avons juste investi dans une machine de découpe de tissu à ultrasons. En revanche, la priorité a toujours porté sur les ressources humaines, sur les processus d’organisation, sur le management. Nous devons être réactifs et flexibles. D’autant que les rythmes de la mode se sont accélérés. Entre 15 et 20 camions arrivent chaque jour sur les deux sites. Nous devons savoir ce qui arrive et optimiser notre organisation. Quand j’ai racheté ces deux entreprises, j’ai vite compris que la confection en France ne pouvait s’envisager qu’en se focalisant sur le luxe. Sans cela, je pense que c’est voué à l’échec.
Il faut savoir qu’avant de commencer une fabrication, nous devons évaluer le temps de réalisation, le type de matériel nécessaire et maîtriser la matière. Nous travaillons pour des grandes marques de luxe. Pour ce type de clients, nous devons être irréprochables tant sur la qualité des produits que sur le timing pour la livraison. Nous envoyons régulièrement nos salariés chez nos clients pour concevoir des prototypes et également au moment des défilés.
Concernant les enjeux de la formation, quelles seraient les solutions ou pistes de réflexion ?
C’est un enjeu important que nous prenons en charge en interne parce que nous connaissons nos besoins et qu’il est nécessaire que nos savoir-faire se transmettent. Cela passe par le biais des contrats de professionnalisation et du tutorat. Le CQP est un complément de formation pour nos salariés. Cela permet de remettre à plat leurs connaissances et parfois de les mettre à niveau. Nous avons fixé un objectif pour que 80% de nos effectifs obtiennent un CQP. Pour l’instant, nous en sommes à 37% des effectifs. Cela se fait progressivement. En outre, tous les deux ans, l’ensemble de nos repasseuses suit également une formation. Quant au tutorat, il a été mis en place depuis 5 ans. La tutrice, puisque ce sont en général des femmes, consacre 30% de son temps à cette mission. Ce parcours d’intégration commence pour le nouveau salarié par un CDD de 6 mois suivi par un autre CDD de 6 mois avant d’embaucher la personne en CDI. Or le taux de réussite, qui aboutit au CDI, est très bon. Nous avons également embauché des jeunes ayant un BTS ou une licence qui, à l’origine, désiraient travailler directement dans de grandes maisons. Nous avons fait en sorte qu’ils se sentent en confiance et nous leur avons donné des responsabilités. En réalité, chaque jour, nous sommes confrontés à de nouvelles difficultés avec les demandes des maisons. Cela est extrêmement formateur.