3 questions à . . . Rasmus Michau, co-fondateur de The Bureau

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Ce touche-à-tout s’est fait connaître en étant non seulement un noctambule invétéré mais aussi un organisateur de soirées prisées. Le jour, il n’a pas manqué de créer des projets, toujours en phase avec l’air du temps de Bonjour Bonjour, une application de rencontres géolocalisée lancée en 2012, à Hmm!, agence événementielle destinée au secteur du luxe créée en 2006 et revendue à Hopscoch en 2015. Cette agence est à l’origine du magazine en ligne SayWho.fr sur « ceux qui font Paris » (il en détient toujours 28%). En janvier dernier, il vient d’ouvrir avec son associé Laurent Geneslay (un ex-trader) The Bureau, un immeuble de co-working d’un nouveau genre, cours Albert Ier dans le 8e arrondissement. Leur objectif : fournir un beau cadre de travail situé sur une adresse chic, avec des services dignes d’une conciergerie de palace.

Qu’avez-vous voulu créer avec The Bureau ?
J’ai voulu créer le bureau de mes rêves. Je voulais qu’il soit beau et agréable à vivre, que l’on puisse y travailler, bien entendu, mais aussi bien manger, pouvoir aller au bar, à la salle de gym. J’avais envie qu’il y ait des gens intéressants, de véritables camarades de bureau avec qui interagir, voire monter des projets. Dans beaucoup d’espaces de co-working on peut se sentir seul car chacun travaille dans son coin. Au départ, nous n’avons pas vraiment sélectionné les personnes qui souhaitaient venir travailler chez nous. Maintenant que nous sommes complets, nous avons établi une liste d’attente et nous avons décidé d’équilibrer les activités afin de ne pas créer un ghetto industriel. Nous choisirons des profils qui nous correspondent, qui partagent les valeurs de notre projet plus que des business plans.
Aujourd’hui, à The Bureau se côtoient une foncière, des avocats, un fonds d’investissement, une galerie d’art en ligne, Snapchat France ou encore une créatrice de jouet en plastique recyclé.

Proposer des services apparaît évident dans les pays anglo-saxons alors qu’en France, ne trouvez-vous pas que cela reste souvent confidentiel ? Quels développements envisagez-vous à moyen terme?
Actuellement, à Paris, si vous êtes à la tête d’une petite entreprise et que vous souhaitez disposer d’une belle adresse, ce n’est pas évident. Ces petites structures sont typiquement notre cible. Nous faisons des contrats de 3 mois minimum avec un mois de préavis. Notre système permet une vraie flexibilité si vous avez besoin de disposer d’une salle de réunion ou d‘accueillir des personnes en plus pour travailler ponctuellement sur un projet. Je ne trouve pas que la France manque de services. C’est un vieux cliché. Aujourd’hui, dans les restaurants, les brasseries, on est, en général, bien reçus par rapport à d’autres capitales.
De notre côté, nous avons misé sur un accueil, des services haut de gamme en optant pour la mise en commun de moyens. Cela est possible parce que nous avons 300 postes de travail. Nous pensons que c’est une bonne taille pour l’aspect économique, certes, mais surtout pour rester à taille humaine. Le niveau de services est parfait pour des petites structures. Nous n’avons rien inventé. Notre offre de services se rapproche de ce qui se fait habituellement dans des structures hôtelières haut de gamme. En cela, on peut dire que nous proposons une approche hôtelière à l’immobilier commercial. Nous avons assemblé les univers. Dans le magazine ELLE, une journaliste a qualifié The Bureau de « boutique office ». Cela reflète bien notre esprit. Concernant nos projets, nous recherchons de nouveaux immeubles à Paris. Nous souhaitons développer un réseau de co-working dans différents quartiers. Sur le même principe que le Club Med Gym, si vous êtes membres, vous pourrez aller travailler à Bastille ou à Saint-Germain en fonction de vos rendez-vous et de votre emploi du temps. Ensuite, nous avons envie de décliner le concept dans différentes capitales européennes. The Bureau fait 2500 m2. D’ici trois ans, nous misons sur 20000 m2 répartis sur plusieurs espaces à Paris.

Vous qui connaissez bien le secteur de la mode, que pensez-vous de son évolution ?
Il y a une scène très dynamique dans la mode à Paris. Je pense notamment à Wanda Nylon, Andrea Crews ou Pallas. En revanche, je trouve que c’est un métier difficile. Le modèle des multimarques sur lequel reposait le développement des marques n’existe quasiment plus. Aujourd’hui, il faut beaucoup de capitaux pour ouvrir ses propres points de vente. Les grandes marques existent grâce à leur réseau de distribution.
On constate, en effet, que même quand les créateurs sautent, le réseau de magasins reste. Et les ventes suivent, en général. La réussite de The Kooples a été portée par de nombreux magasins et des campagnes de communication, donc grâce à d’importants capitaux. Auparavant, des multimarques japonais pouvaient soutenir presqu’à eux-seuls les premières saisons de créateurs français qui se lançaient. Maintenant, cela ne se fait plus ou presque plus. Certains comme AMI ou Editions MR arrivent à bien s’en sortir mais les places sont chères.