3 questions à . . . Jerry Journo, co-fondateur de la marque Jour/Né

Dans la mode, on a souvent vu des tandems créer des marques, plus rarement des trios. En 2015, à force de se croiser dans un cadre amical, Léa, Lou et Jerry ont eu envie de se lancer dans ce projet assez fou de créer une marque de mode à 24 ans. Une marque qui ressemble à ces jeunes Parisiens aux racines méditerranéennes. Pour eux, l’élégance n’hésite pas à être joyeuse, fonctionnelle et astucieuse. Et ça marche ! Leur collection est déjà distribuée dans 15 pays et une cinquantaine de points de vente en Europe et en Asie. Cerise sur le gâteau, la collection de ce trio en vogue a même défilé à la dernière Fashion Week de Paris.
1/ Quelle est l’identité de votre marque ? Comment la définiriez-vous ?
Notre marque signifie « née pour le jour ». Nous avons voulu faire un vestiaire du quotidien pour des femmes actives. Aujourd’hui, leurs journées sont de plus en plus longues et leurs activités sont multiples : travail, sorties, brunch, ou soirée. Et leurs tenues changent en fonction de ces moments.
Léa, Lou et moi, avons tous les trois des formations complémentaires. Lou a fait le Studio Berçot puis elle travaillé comme styliste chez Marc Jacobs. Léa, elle, a étudié à la chaire LVMH de l’Essec avant de faire ses armes chez Chanel et Givenchy. De mon côté, j’ai étudié à Mod’Art avant de collaborer avec APC et Valentino.
Notre génération a facilement intégré la double casquette qui nous permet de toucher à la fois à la création et à la fabrication. Chez Jour/Né, la direction artistique se fait à trois. Dans les faits, Lou et Léa se concentrent surtout sur la collection tandis que j’interviens plus sur le développement commercial.
Nous sommes issus tous les trois de familles méditerranéennes. Cela se ressent dans notre travail. Nos influences passent aussi bien par la mode italienne que par les figures de femmes chez Pedro Almodovar. Nous aimons utiliser les couleurs primaires et piocher dans la garde-robe masculine en nous inspirant de la mode vintage des années 70/ 80 mais aussi de la liberté des années 90. Chaque saison, nous racontons une nouvelle histoire.
Nous présentons quatre collections par an, deux pré-collections et deux collections, qui sont produites au Portugal et en France. Nous avons fait mûrir la collection au fil du temps tout en prenant le temps de renforcer le lien avec le client.
2/ Quels ont été les principaux soutiens et obstacles depuis le lancement de la marque ?
Nous avons reçu le soutien de la Fédération Française de Prêt à Porter Féminin. Dans un premier temps il s’agissait de tester notre projet. Rencontrer quelques personnes référentes à la Fédération nous a permis de jauger notre dossier, nos envies. Ensuite, nous avons adhéré à la Fédération, et nous avons eu notamment accès aux services juridiques et à des conseils pour l’organisation logistique de l’entreprise. Nous avons assisté à des tables rondes et à divers échanges qui nous ont beaucoup apportés. Par ailleurs, nous avons eu la chance de voir la collection référencée au Bon Marché et chez Colette dès la première saison. La presse nous a également suivi et cela nous a bien aidé.
Quant aux obstacles, il y en a eu beaucoup. Il a fallu trouver une banque qui nous accompagne mais aussi des façonniers qui acceptent de fabriquer en petites quantités alors que nous débutions. Pour qu’un projet soit pérenne, il est important de trouver des façonniers disposant de structures avec lesquelles la marque puisse grandir.
3/ Le digital occupe une place centrale dans votre identité. En quoi permet-il de contribuer au développement d’une marque de mode aujourd’hui ?
Quand on crée une marque, le digital permet de constituer une communauté qui la suive. Le soutien des journalistes, c’est bien mais ce n’est plus suffisant. Les followers, eux, doivent être considérés comme des clients potentiels. Avec le digital il faut se demander en permanence comment attirer les gens à nous. Pour cela, il faut publier des photos, créer un graphisme qui va dévoiler notre état d’esprit et notre image de marque. Notre univers digital doit refléter notre ADN et nos engagements. Le site internet est à la fois un outil de vente et de communication. Notre communication est axée sur le jour et l’heure afin d’indiquer pour quel moment le produit a été pensé.
Concernant les réseaux sociaux, sur Instagram, nous publions un post par jour. Cela peut être une photo du lookbook, du bureau, un live en situation ou une capture d’écran. Facebook est plus institutionnel et plus commercial. Le taux d’engagement est essentiel sur les réseaux sociaux. Mieux vaut avoir 15 à 20 commentaires qui vont susciter des échanges que 150 likes qui n’aboutissent à rien de concret. Quand les gens se sentent embarqués, cela signifie que l’on a créé une communauté. En outre, avec le digital; il est facile et même recommandé d’évoluer, de s’adapter. C’est ce que nous faisons depuis un an. Nous sommes en train de mûrir progressivement. Nous n’arrêtons jamais parce qu’à l’heure actuelle, l’industrie impose ce rythme soutenu.