3 questions à . . . Lauren Bastide, co-fondatrice de Nouvelles Ecoutes

Elle s’est fait connaître au magazine ELLE où elle est entrée en 2005 comme pigiste. Dix ans plus tard, elle quitte cette rédaction en 2015 alors qu’elle est rédactrice en chef de la rubrique infos et rédactrice en chef adjointe du DailyELLE, version digitale du journal co-fondé avec Sophie Fontanel. Elle devient alors chroniqueuse télé au Grand Journal de Canal + pour une saison. En novembre 2016, elle co-fonde Nouvelles Écoutes, un studio de production de podcasts, avec le journaliste Julien Neuville. La Poudre est l’une des deux premières émissions de cette plate-forme (avec Banquette, un podcast consacré aux personnalités du monde du football) : on peut y écouter des entretiens avec des femmes de tous horizons, de Leïla Slimani à Rama Yade en passant par Garance Doré.
Pouvez-vous nous expliquer l’origine et les objectifs de la Poudre ? Quels seront vos prochains développements ?
J’ai eu envie de créer un espace de parole exclusivement féminin. L’une des raisons en est le constat, lorsque je travaillais à la télévision, que les femmes étaient rarement invitées sur les plateaux. Quand elles le sont, elles disposent de peu de temps de parole et sont souvent interrompues. Avec La Poudre, je voulais m’assurer qu’il existe un endroit pour les écouter sur la durée. Le succès de l’émission – déjà plus de 25.000 écoutes par émission – me montre qu’il y avait une véritable attente autour d’un tel format.
Le podcast est apparu comme une évidence parce j’écoutais beaucoup de podcasts américains. L’offre de podcasts aux Etats-Unis est pléthorique ! En France, il y a encore peu d’acteurs. Arte Radio, qui a été vraiment précurseur, est un cas à part. On peut aussi citer Binge Audio qui s’illustre par ses émissions de « talk » autour de la culture. En France, il y a une grande solidarité entre les acteurs du podcast car nous sommes tous convaincus qu’il faut étoffer l’offre pour créer de nouvelles habitudes.
Nouvelles Écoutes va développer quatre nouvelles émissions avant la fin de 2017, dont une série documentaire sur l’abstention, Parti Pris, qui sera en ligne le 7 mai au soir, une émission de conversation avec des personnes ayant marqué le 20ème siècle et une fiction érotique. Nouvelles Ecoutes est avant tout un projet de journalistes. Mais nous allons monétiser notre modèle en développant aussi une branche « brand content ». Pour accélérer les choses, nous avons aussi lancé une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank.
Comment choisissez-vous vos invitées ?
C’est très intuitif. Leur point commun est que j’ai envie de les écouter, de découvrir et connaître leur histoire. Il faut aussi, bien entendu, que l’invitée comprenne mon format.
Vous avez longtemps travaillé au magazine Elle. Quel est votre regard sur la mode actuelle et sur les marques de mode françaises en particulier ?
Je reste encore très impliquée dans la mode. C’est un domaine qui m’intéresse toujours beaucoup. Il existe une vraie énergie créative en France. Je continue à avoir des liens avec certains jeunes créateurs français comme Jour/né, Jacquemus ou Niuku. Ces marques sont portées par des jeunes de 20 – 30 ans. Or, cette génération a une réflexion politique sur leur travail. Ils sont animés par des valeurs qui sont davantage du ressort de la passion que du business.
Je m’intéresse aussi à la mode éthique, qui reste une appellation bizarre d’ailleurs alors que l’éthique devrait aller de soi. J’ai animé une table ronde – qui deviendra ensuite un épisode de La Poudre – lors de l’événement Fashion Revolution le 22 avril au canal Saint-Martin. Ce mouvement a été créé après le drame du Rana Plaza, quand 1135 travailleurs ont péri dans leur usine textile au Bangladesh en 2013. Cet événement m’avait profondément touchée. D’ailleurs, j’avais écrit un article dessus dans le ELLE, même si certains annonceurs du magazine étaient pointés du doigt dans cette tragédie. De mon côté, j’ai complètement changé ma façon de consommer la mode. Je regarde où sont fabriqués les vêtements. Je recycle une partie de ma garde-robe. L’objectif est de mieux consommer, c’est-à-dire un peu moins mais mieux en m’offrant, par exemple, un vêtement d’un créateur dont je connais non seulement le travail mais aussi le sourcing.
Enfin, je vais probablement être amenée à collaborer avec la mode à travers La Poudre. Je pense que les maisons comprennent ma démarche et qu’il y a des synergies à créer !