3 questions à . . . Alexandra Van Houtte, fondatrice de Tagwalk

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Après avoir étudié le Mandarin à l’Université de Nottingham puis le stylisme au London Fashion College, Alexandra Van Houtte rentre en France pour faire un stage chez Lanvin puis devenir assistante styliste au magazine Numéro. Addict aux réseaux sociaux, la jeune Franco-britannique décide de lancer en avril 2016 le site Tagwalk, son propre outil de communication lié à l’univers de la mode. Du haut de ses 26 ans, l’entrepreneuse donne un sacré coup de frais à la fashion industrie. Son projet ? Regrouper par mots-clés tous les vêtements et accessoires des défilés. Stylistes, journalistes, acheteurs, créateurs : tous les professionnels ont illico intégré ce nouvel outil à leur travail. Un an plus tard, entretien avec la créatrice du site que l’on surnomme déjà le “Google de la mode“.

Comment est né le projet Tagwalk ? Comment fonctionne-t-il et quels étaient les objectifs ?

Quand on est assistante styliste, on passe des heures à chercher des images. Un exemple ? Trouver toutes les robes rouges vues sur les podiums d’une même saison. Je perdais un temps fou, écumant les défilés un par un, le nez scotché sur mon ordi… Ca me rendait dingue ! A l’heure où Google propose d’un simple clic une multitude de réponses à une question posée, je me suis dit qu’il y avait dans mon secteur un énorme vide. Je manquais d’un outil pour optimiser mon temps de travail. Et donc faciliter mes recherches. J’ai alors imaginé une sorte de plateforme dédiée aux assistants stylistes, un moteur de recherche pour recenser tous les passages des défilés saison après saison. Comme je n’avais pas de fonds, les marques ont commencé par me céder les droits de leurs images. Pendant quatre mois, j’ai dû taguer chaque photo (soit plus de 9000!) une par une. En septembre 2016, en plus de la femme, j’ai intégré l’homme et les accessoires. L’idée est de trouver une pièce ou une tendance par mots-clés. Chaque look est donc répertorié par thème comme une forme, une couleur ou un mannequin.

En quoi le digital a-t-il bousculé le mode de fonctionnement de la fashion sphère ?

Je suis une millennial. Comprendre une fille qui veut que les choses aillent vite et de manière toujours plus précise. Je suis une enfant d’Internet éduquée aux réseaux sociaux. J’aime l’instant présent. Je fais donc partie de celles qui n’ont pas envie d’attendre six mois pour s’offrir une pièce vue sur le podium d’un créateur. Je trouve ça bien que l’industrie s’adapte à notre mode de vie et propose des concepts innovants comme celui du “see now-buy now“ (comprendre : pouvoir acheter les pièces d’un défilé dès la fin du show). On passe nos journées à suivre des tendances instantanées sur nos téléphones, ordinateurs et autres tablettes. C’est bien d’apprécier un vêtement, c’est bien aussi de l’attendre… mais pas trop longtemps ! Au risque d’être tout simplement zappé de la liste de ses envies. Surtout lorsqu’il s’agit de pièces emblématiques d’un designer, les best-sellers d’une saison : c’est impensable de faire patienter des semaines avant de pouvoir se les offrir.

Le digital a aussi redéfini la notion d’inspiration. Aujourd’hui, les inspirantes viennent de tous les horizons. Exemple : une grande rédactrice en chef d’un célèbre magazine de mode porte une jupe en cuir noir. Si le même jour, une influenceuse (comme une star de télé-réalité ou une blogueuse) porte un jogging, il y a plus de chances pour que les filles suivent cette dernière.

L’industrie de la mode française est-elle à l’écoute de la jeune création ?

Je suis d’une génération qui aime prendre des risques. Et heureusement ! Car en France, tant que tu n’as pas fait tes preuves, on ne te fait pas confiance. On t’impose une obligation de résultat, et donc que ton projet soit totalement abouti. Car si j’ai tout de suite reçu un large soutien de la presse étrangère, en France, les choses se sont seulement accélérées en janvier dernier. Mais c’est un mal pour un bien car tu en ressors encore plus fort.

En revanche, je trouve que l’industrie de la mode est de plus en plus attentive à la nouvelle garde créative. L’Andam, le prix LVMH, le Festival de Hyères : tous ces évènements ouvrent les portes de la mode aux jeunes créateurs. C’est aussi une des valeurs ajoutées de Tagwalk. Par le biais des mots-clés, par exemple en tapant “couleur jaune“, la liste des images qui apparaît contient autant des grands noms de la mode que des petits labels. Car les marques qui ne défilent pas mais présentent seulement leur collection peuvent, moyennant un financement, intégrer le répertoire de Tagwalk. Une sorte de melting-pot social où tout le monde à sa place et surtout sa chance.