3 questions à . . . Corinne Farace, Directrice générale de Techtera

Depuis 2005, Corinne Farace dirige Techtera, un pôle de compétitivité labélisé par l’Etat dédié aux textiles techniques et fonctionnels sur la région Auvergne-Rhône-Alpes. Sa mission est d’accroitre la compétitivité des entreprises par l’innovation collaborative. Aujourd’hui, l’association compte plus de 130 adhérents : universités, grandes écoles, centres de recherche, PME-PMI… tous réunis pour travailler ensemble sur la mode du futur, entre autres.
Parlez-nous de Techtera ? Qu’est-ce qu’un textile technique ?
Notre coeur de métier est de connaitre les problématiques des PME-PMI et des financements publics qui ont vocation à soutenir l’innovation. Techtera est une association mise en place il y a douze ans pour accroitre les performances des entreprises par un système d’innovation collaborative. On part du principe qu’aujourd’hui, on est plus innovant à plusieurs que tout seul.
On fait donc du conseil pour le développement de nouveaux tissus et des matériaux souples pour des marchés comme l’aéronautique, les bâches ou les stores. Car il y a au sein de la région Auvergne-Rhône-Alpes une forte concentration de centres de recherche et d’entreprises dédiés à ce secteur. Nous sommes donc un élément fédérateur, toujours inscrit dans une démarche coopérative.
La fonction première d’un textile technique n’est évidemment pas mode. L’étanchéité, la résistance à la chaleur ou au feu, la charge non-polluante : ce sont ces critères qui le définissent avant-tout. Mais aujourd’hui, de nouveaux produits ont un aspect esthétique qui intéresse de plus en plus les créateurs de mode. En effet, depuis deux-trois ans, Techtera accueille des designers à la recherche de nouvelles matières ou de techniques innovantes de fabrication. Car s’ils ont toujours plus de nouvelles idées, ils n’ont pas la connaissance du textile. En bref, ils ont l’esthétisme, nous la matière. A nous de faire le lien.
Quels types d’innovations Techtera apporte-t-elle au secteur de l’habillement ?
Nous avons récemment organisé un défilé de mode constitué essentiellement d’étoffes techniques. Parmi elles, le tricot de basalte. C’est étonnant de voir comment cette pierre volcanique a pu être transformée et être utilisée dans la confection d’un vêtement. Le résultat ? Une couleur naturellement cuivrée et totalement inédite. J’aime aussi l’idée de la chemise facile à repasser ou de l’étoffe d’un vêtement pour enfant qui change de couleur en fonction de la hausse ou de la baisse de la température du corps.
On note aussi une effervescence de jeunes start-up comme Duoo, une marque de sous-vêtements lancée en 2015. Son crédo : la perte de fertilité chez les hommes qui représente aujourd’hui une baisse de 30%. En cause, notamment, le fait de mettre son téléphone portable dans les poches de son pantalon. Du coup, le trio de concepteurs derrière Duoo a eu l’idée de développer une gamme de boxers élégants et dont le tissu technique (un mélange de fils d’argent associés au tissage) protège à 99% l’homme des ondes émises par leurs outils connectés.
Comment imaginez-vous la mode de demain ?
Nous sommes en train de rentrer dans une nouvelle ère. Celle de la consommation ultra-rapide. Aujourd’hui, les envies des clients ont changé. Il veulent un produit personnalisé, unique, mais toujours avec la reconnaissance visible de la marque. C’est cette idée d’être différent dans une communauté qui ne cesse de croitre. Par exemple, s’ils désirent des baskets d’un label reconnu, c’est par l’idée d’une paire personnalisable à l’envi qu’ils se laisseront séduire. C’est la masse customisation. Cette nouvelle manière de consommer redéfinit à elle seule la notion de stock et de réactivité des labels. La filière de la mode et du textile va devoir travailler à la demande et sur commande. Il faut donc réfléchir à un nouveau système de production. Le lieu de fabrication doit donc se rapprocher de la marque. Ce qui intéressant, c’est que ce système participe aussi à la lutte contre la contre-façon. C’est ça l’industrie du futur. Et c’est notre métier de faire de la prospective.