3 questions à . . . Jean-Luc François, Directeur général et Fondateur de l’association Jean-Luc François

Jean-Luc François, Directeur général et Fondateur de l’association Jean-Luc François
Pendant de longues années, Jean-Luc François a travaillé au sein des plus grandes maisons de couture telles Yves Saint-Laurent (durant quinze ans, il s’est occupé de la ligne accessoires avec Loulou de la Falaise), Chloé, Balmain et Dior. En 2003, il décide de créer sa propre maison de mode : Jean-Luc François Paris.
Aujourd’hui, le créateur se consacre uniquement au sur-mesure et à des petites séries de produits couture. Administrateur de l’Institut National des Métiers d’Art, administrateur aussi du Syndicat de Paris de la Mode Féminine et du Groupement de la Fabrication Française, l’artiste multidisciplinaire vient d’être décoré par la médaille de Chevalier de l’ordre du Mérite.
Vous avez lancé un programme de réinsertion professionnelle par la couture. Quelle est sa mission ? Quels profils rencontrez-vous ?
J’ai créé l’association Jean-Luc François en 2010 pour accompagner les personnes en rupture scolaire ou familiale. Le but ? Leur faire découvrir les métiers de la mode, ainsi que ceux de l’art. Nous avons très vite été sollicité, et ce même au-delà de nos frontières. On a notamment réalisé des missions au Vietnam, à Madagascar et au Cambodge afin de mettre en place des actions au sein des entreprises, tout en créant des ateliers pour les jeunes créateurs. Il est indispensable d’accompagner les talents locaux dans le montage de leur propre marque. Notre action ultime est de revaloriser tous les métiers en perte de vitesse, et surtout le savoir-faire. Par exemple, au Vietnam, nous avons œuvré au retour du travail de la soie. Mais aujourd’hui, notre plus grosse mission se trouve sur le territoire français. En 2014, nous avons lancé une formation couture et métiers. Le retour du “made in France” est plus que jamais une réalité. Alors quand on a présenté notre programme à tous nos réseaux de la mode, l’engouement fût immédiat.
Notre priorité est de toucher les adultes. Les personnes au RSA ou en fin de droits à Pôle Emploi. Chez nous, la moyenne d’âge avoisine la quarantaine. En 2013, on a donc commencé à faire des actions dans les quartiers populaires pour présenter nos métiers. Nous avons rencontré des femmes qui étaient couturières dans leur pays de naissance, mais qui n’ont pas trouvé de travail une fois arrivées en France. D’autres qui ont arrêté de travailler pendant dix ans pour s’occuper de leurs enfants et qui ne parviennent pas à réintégrer la vie professionnelle. Bref, on a découvert une grande population prête à travailler mais à qui on ne proposait pas de solution.
Quelle relation entretenez-vous avec les maisons de couture ?
En 2016, soixante-dix maisons ont fait appel à nos services. Nos ateliers sont devenus un véritable vivier de petites mains ! Nos équipes sont multitâches : elles savent réaliser un patronage, une toile, monter une pièce… Leur capacité à s’adapter aux besoins des créateurs est incroyable.
Quand on est une jeune maison, c’est très compliqué de lancer une marque avec de petites quantités. C’est la raison pour laquelle la Région Île de France nous a demandé de réfléchir à une formation. Résultat : en 2016, nous avons fondé l’Ecole régionale des projets (financée par la Région), le premier incubateur dans le domaine du textile et de l’habillement. Pendant six mois, nous accompagnons de jeunes labels sur le montage des collections, la fabrication, le démarrage de la marque, les premières commandes… Ils ont à leur disposition un plateau avec des techniciens et des formateurs.
C’est essentiel quand on se lance.
Comment la formation aux métiers techniques de la mode évolue-t-elle aujourd’hui ?
Les collections et les saisons n’existent plus chez certains designers. Tous les jours, de nouveaux concepts voient le jour et des start-ups sont créées dans tous les sens. Le monde change et les façonniers doivent s’adapter à ces marques qui injectent sur le marché des mini-séries de vêtements et accessoires tous les quinze jours. C’est donc une manière inédite de travailler. Et c’est la raison pour laquelle nous sommes en train de façonner les traits d’une coopérative de compétences dans les Hauts-de-France. L’idée est de monter un atelier de formation de petites mains et de production destiné, entre autres, aux marques qui fabriquent uniquement des petites productions. Parallèlement, on réintroduit un savoir-faire français dans des zones sinistrées par le chômage. Une manière de mettre place un avenir pour la production française.