3 questions à … Arthur Avellano, créateur de mode

crédit photo Jason Piekar

Diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse en 2014, Arthur Avellano décide de se tourner vers l’univers de la mode en intégrant une quatrième et dernière année de formation à l’Atelier Chardon-Savard, à Paris. En 2015, sa collection de fin d’études est primée quelques mois plus tard au salon Who’s Next dans la catégorie « Best graduate collection ». En 2016, le jeune créateur français lance sa marque éponyme et en juin 2017, présente sa première collection en marge du calendrier de la fashion week homme du printemps-été 2018. Son travail de réflexion et d’innovation autour d’un latex hybride est aussitôt remarqué.

 

Pourquoi avoir choisi le latex comme fil rouge de vos collections ? 

Mon premier défilé était une sorte de performance artistique dont le pilier central était le fétichisme. D’où le latex. Et puis cette matière est devenue un véritable coup de coeur créatif. Il y avait clairement une page blanche à écrire autour d’elle. J’aime les challenges. Et celui de faire porter du latex aux hommes en était clairement un. Lui enlever son côté hyper féminin et sexualisé était un défi passionnant à relever. Mais l’idée n’est pas de le rendre viril à tout prix, et il suffit de regarder les silhouettes androgynes de nos mannequins pour comprendre que l’unisexe ici est de mise. 

Sécrétée sous forme de liquide laiteux par certains végétaux, cette matière première – qui permet aussi d’obtenir le caoutchouc – est une parfaite alternative au cuir. Surtout, elle est 100% végétale, et donc parfaitement dans l’ère du temps. En la traitant de manière traditionnelle, c’est-à-dire en la travaillant sur des doudounes, des trenchs, des capes ou des pantalons à l’esprit tailoring, on redécouvre des basiques du vestiaire masculin à la ligne fluide totalement inattendue. 

 

C’est quoi être un jeune créateur aujourd’hui ? Comment les choses évoluent-elles ? 

On ne peut plus être seulement un directeur artistique. Aujourd’hui, il est primordial d’être un chef d’entreprise à part entière. Savoir gérer toutes les démarches administratives, gérer le financement… Toutes ces étapes font parties de l’histoire d’une marque. On doit être dans une énergie globale. 

Les choses évoluent dans le bon sens. A mon sens, le secteur se préoccupe un peu moins des gros créateurs au profit des petits. Et nous sommes vraiment soutenus, que l’on parle de l’accompagnement business de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin, de subventions grâce au Défi, ou de mises en relation avec des acheteurs sur Designer Apartment organisé par la Fédération de la Haute Couture et de la Mode.

Du côté des usines, elles-aussi font des efforts en acceptant de plus en plus de fabriquer des petites séries. C’est très important quand on est un jeune créateur. Il y a une réelle prise de conscience, notamment autour du made in France, et tout le monde semble y mettre du sien. 

Seul bémol : ce n’est pas parce que l’on est un designer parisien qui fait made in France que cela est facile de vendre ses collections aux boutiques de l’hexagone. Mes premiers points de vente se trouvent à New York, Los Angeles et bientôt en Asie. Les revendeurs français préfèrent souvent attendre de voir comment les premières ventes se passent avant de prendre un risque. Et c’est dommage. 

 

Comment expliquez-vous le nouvel engouement pour la mode homme ? Pensez-vous déjà au lancement d’une ligne femme ?

C’est un secteur où il y a encore de nombreux challenges à relever. Tout bouge beaucoup en ce moment, et le calendrier de la mode masculine commence à attirer de nouvelles personnes. L’ambiance est plus cool et les échanges de contacts sont plus faciles. C’est clairement un univers plus souple, détendu, et je pense que les gens ont besoin de ce bol d’air frais créatif. 

J’ai réellement envie de prendre mon temps avant de commencer à réfléchir à une ligne femme. Jacquemus a bien attendu des années avant sortir son premier défilé homme. Il est indispensable d’avoir une base stable avant de voir plus grand, trop tôt et surtout trop vite. 

Crédit photo : Jason Piekar
arthuravellano.com