3 questions à ... Louis Goulet Co-fondateur de Noyoco

Co-fondateur et directeur de la création de la marque Noyoco, Louis Goulet, aborde la rentrée de façon sereine. Zoom sur les secrets de son optimisme et de son énergie…

Quel regard portez-vous sur la saison printemps-été 2020 marquée par la crise de la Covid19 ?

Cette saison a été évidemment très singulière. Particulièrement pour Noyoco. Outre, le confinement, la fermeture de nos magasins et donc les questionnements liés au retail et au business, Noyoco a été propulsée dans une aventure inattendue liée à la production de masques. Le 16 mars, une heure avant que le président Macron annonce le confinement, j’ai reçu un coup de fil d’une amie qui dirige un Ehpad. Elle avait un besoin vital de masques et m’a demandé de l’aider. Nous n’avions pas de connaissances en la matière.  Au tout départ, nous sommes donc partis d’un patron publié sur internet par le CHU de Grenoble qui recommandait à ses soignants de fabriquer eux-mêmes leurs masques en tissu. Nous avons donné l’opportunité aux gens de participer en lançant un crowdfunding qui a très bien marché pour fournir le Groupe S.O.S., puis, nous avons rejoint le CSF, le groupement Savoir Faire Ensemble qui coordonne les industriels français, dans la fabrication des produits essentiels face à la Covid19. Nous avons ainsi fait tester, dans un souci de sécurité et d’efficacité, nos masques en tissu dans lesquels nous avions intégré une couche de polypropylène, par la direction générale de l’armement. Il a été montré que nos masques filtrent 98 % des micros particules au-dessus de 1 micron, ce qui est très performant. Une fois les défis de conception relevés, il a fallu s’atteler aux challenges industriels et logistiques, soit faire produire et transporter une énorme quantité de masques. Au début, nous avons travaillé avec nos fournisseurs européens, en leur demandant de stopper la fabrication de nos collections pour se concentrer uniquement sur ces produits. Mais quand les volumes ont augmenté, il a fallu trouver d’autres partenaires avec de plus grosses capacités de production. Acheminer ces masques en France, dans un contexte de fermeture des frontières, n’a pas toujours été simple. Nous avons parfois dû solliciter le Quai d’Orsay, le Bureau des Affaires Européennes ou aller frapper à l’ambassade roumaine pour débloquer des situations auxquelles nous n’étions pas préparés. Au total, nous avons fourni 10 millions de masques, ce qui nous positionne comme l’un des plus gros producteurs français.

Cette expérience a évidemment changé beaucoup de choses au sein de Noyoco. Quand les équipes relèvent de tels défis, que très rapidement elles doivent se mettre à travailler avec succès sur des volumes et plus seulement sur de petites séries, comme elles en ont l’habitude, elles ne peuvent être que très fières ! Cela renforce la confiance dans le futur et la cohésion d’entreprise. Cela nous a prouvé que le positionnement de Noyoco, qui a pour vocation initiale d’être un studio multidisciplinaire avec une marque de vêtements forte, était viable. Notre volonté d’aller vers des domaines connexes -nous avions déjà développé un outil de calcul d’impact pour les marques, nous planchons sur de projets liés aux tissus upcyclés ou aux packagings bio-plastiques…- pour transformer l’industrie de la mode de l’intérieur est justifiée. De plus, nous savons désormais que nous sommes capables de changer de braquet et de monter en charge dans des domaines différents.

Comment abordez-vous la rentrée ?

De façon optimiste. Nous avons rouvert notre magasin – nous en avons deux mais l’un est en travaux- le 15 mai. Et les résultats jusqu’à la fin des soldes ont été au rendez-vous. Nos chiffres sont meilleurs que ceux de l’année dernière avec un point de vente en moins. Nous ne pouvons pas vraiment expliquer cet engouement : est-ce que les consommateurs avaient envie de se faire plaisir ; a-t-on bénéficié d’une plus grande visibilité avec nos masques ? Nous n’avons pas de réponse… Mais cette performance en retail donne de l’énergie. D’autant que, contrairement à de nombreuses autres marques, nous n’avons pas misé sur un basculement vers le digital. Notre organisation ne nous permettait pas d’envoyer aisément nos colis durant le confinement et, engagés à 100 % dans la production de masques, nous n’avons pas eu le temps de repenser nos process autour du eshop. Nos choix se sont avérés être les bons. Cette production de masques nous a donné un nouvel élan financier. Avant le confinement, nous étions en permanence sur le fil : l’échec d’une collection pouvant avoir des conséquences très sérieuses sur les projets voire la viabilité de la marque. Noyoco, c’est d’abord l’histoire classique d’une petite marque où tout le monde est au four et au moulin, car nous n’avons jamais levé de fonds. Sans « matelas », nous pouvions disparaître du jour au lendemain. Désormais, nous envisageons l’avenir plus sereinement. Nous avons le temps de nous poser les questions que nous avons négligées. Nous allons pouvoir nous pencher plus attentivement sur le marketing, sur nos plans de collections, sur les nouveaux modèles, ceux qui nous voulons pousser. Pour le printemps-été 2021 et le l’automne-hiver 2021-2022, c’est sûr, nous proposerons des collections trois étages au-dessus en termes de détails et de démarche créative que ce que nous faisons actuellement ! Cette énergie nouvelle nous avons la chance de pouvoir la partager au sein de notre Lab, notre espace de coworking, une pépinière d’entreprises où travaillent de petites marques éco-responsables comme Loom, Oth, Routine ou AVN pour ne citer qu’eux.

Vous avez fait partie de la 3e promotion du programme Talents, est-ce que cela vous a aidé à prendre ce tournant ?

Nous n’avons pas encore terminé le programme contrairement aux autres marques de la 3e promotion ! En effet, la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin voyant combien nous étions mobilisés sur la fabrication de masques a eu l’intelligence de nous proposer de décaler à la rentrée une partie des chantiers entrepris dans le cadre de Talents. Je peux cependant déjà constater que ce programme d’accompagnement est formidable, complet, avec des équipes qui savent soulever le capot pour regarder en profondeur ce qui va et ne va pas. C’est un programme chronophage mais qui apporte énormément et permet de construire et de consolider une marque dans le temps. Cela nous a permis d’enrichir nos savoir-faire. Ainsi, le travail avec Camille Andrieux, styliste experte de la maille, nous a amenés à parler diamètre de fils, tensions… nous qui n’avions aucun spécialiste dans ce domaine au sein de Noyoco. Camille nous a conseillé de développer, notamment, le jersey-sweats et tshirts – nous qui traditionnellement nous concentrons sur les pantalons, les manteaux, plus largement la chaîne et trame. Cela va nous permettre de combler des vides. Ici, concrètement, cette approche technique a nourri notre imaginaire, notre créativité. Et puis, Talents, c’est aussi un réseau, une famille sur laquelle nous pouvons compter, à commencer par Priscilla Jokhoo. C’est important car dans la création d’entreprise, on se sent parfois seul. Je pense que cette cohésion va se ressentir sur le pop-up store Talents au Galeries Lafayette Haussmann (du 22 septembre au 12 octobre), sur lequel Noyoco sera, bien sûr, présente.