3 questions à ... Lise Guitton
Fondatrice et Directrice Artistique d'Inouïtoosh

Inouïtoosh, marque d’accessoires – reconnue notamment pour ses sublimes écharpes-, basée à Saint-Valéry-sur-Somme, changera bientôt de nom. Elle devient Inouï Éditions affichant ainsi plus clairement son savoir-faire en matière de dessin. Un changement cohérent avec son histoire qui arrive après une année passée au sein de l’Accélérateur Mode et Luxe de Bpifrance. Retour avec sa fondatrice et directrice artistique Lise Guitton, sur une expérience qui a permis de prendre des tournants et de valider des choix.

Vous avez fait partie de la première promotion de l’Accélérateur de Mode et Luxe Bpifrance. Que vous a apporté cet accompagnement ?

Cette année d’accompagnement -qui vient de s’achever- est arrivée au bon moment ! Comme tous les dirigeants de PME et de marques qui se développent rapidement, j’ai le nez dans le guidon. Je suis en permanence dans l’action et je n’accorde pas assez de temps à la réflexion. Je craignais donc que cette expérience soit chronophage, me ralentisse au quotidien. Mais au contraire, elle m’a permis de prendre du recul. Et après 11 ans d’activité, c’était important. Cela a été une véritable respiration, notamment grâce à la qualité des intervenants, très variés, qui ont balayé tous les sujets essentiels – datas, branding, commercial… C’était un apport nécessaire pour faire évoluer une structure comme la mienne qui compte aujourd’hui 32 salariés. Ce fut l’occasion de débats vertueux, d’interactions intelligentes entre experts mais aussi chefs d’entreprise. Toutes les PME sélectionnées pour intégrer cet accélérateur avaient la possibilité de se faire accompagner de façon plus approfondie sur des points précis. J’ai privilégié des focus sur l’organisation et le digital. Nous -je n’ai pas été la seule mobilisée sur ce programme mais l’ensemble de l’équipe y a été associé- avions besoin d’avancer sur l’analyse de la data, le recrutement clients en ligne… car le digital correspond aujourd’hui à 1/5 de notre chiffre d’affaires soit une augmentation de  50 % par rapport  à la saison dernière. Et ce travail avec des spécialistes très bien choisis a pu porter ses fruits immédiatement ! Enfin, en cette période tourmentée, ce programme a aussi été un soutien : pendant tout le premier confinement, notre coach a appelé chaque semaine. Une très belle attention. Pour finir, et c’est une évidence, ce programme a été un espace de rencontres et a enrichi notre réseau.

Est-ce que ce programme vous a permis de prendre conscience de dysfonctionnements ou au contraire de points forts ?

Il m’a surtout permis de regarder l’entreprise via un autre prisme et ainsi de sortir du cadre. C’est une excellente façon d’innover, de trouver de nouvelles ressources, d’essayer d’autres process… et surtout d’accepter les paradoxes. Je me suis, par exemple, rendu compte qu’il fallait favoriser le dialogue entre le style et la production. De façon générale, dans une entreprise, il faut que tout le monde se parle, échange afin que les différentes activités se rejoignent. Le recul m’a aussi fait comprendre que l’agilité est plus que jamais essentielle. Certes, c’est une qualité que nous cultivons depuis toujours mais la crise a amplifié ce besoin de souplesse. C’est désormais une priorité. J’ai également constaté combien cultiver un cadre de travail où chacun se sent libre et où la transparence est de mise est important pour avancer. Certes, le produit est central – et j’ai beaucoup misé dessus – mais je mesure plus que jamais l’importance de l’intelligence collective. Je ne veux pas dire que ma société est une grande famille car je déteste le côté « paternaliste » mais depuis toujours je privilégie la confiance pour mobiliser tous les collaborateurs. C’est un élément qui fait partie de la culture de l’entreprise et ce programme m’a permis d’acter cet élément positif. Enfin, c’était intéressant et rassurant, de constater que les 31 participants à cette promotion, même avec des profils et des activités distincts, avaient des atomes crochus et des problématiques communes.

Comment abordez-vous 2021 ?

Nous avons eu la chance de bien traverser cette crise et cela parce que nous avons trois canaux de distribution : nos boutiques, le wholesale et le digital. Quand l’un allait mal, l’autre compensait… De plus, cette période a été l’occasion de consolider nos liens de solidarité avec nos distributeurs. Nous avons fait en sorte de les soutenir dans les moments difficiles et, pour 2021, ils nous en sont reconnaissants et sont plus que jamais à nos côtés. Nous envisageons donc l’avenir sereinement et également avec beaucoup d’énergie. Ainsi, nous changeons de nom ! Inouïtoosh devient Inouï Éditions. C’est un projet longuement réfléchi et cohérent avec notre histoire qui est intimement liée au dessin. Nous devenons ainsi un éditeur de dessins qui se déclineront sur différents supports. Cela nous permet d’enrichir et de mieux organiser notre offre. Nous allons, par exemple, lancer une ligne de maroquinerie plus luxueuse dans des cuirs italiens. De plus, l’une de nos boutiques parisiennes est rue de l’Odéon à Paris, dans le quartier des éditeurs. Tout convergeait donc vers ce nom… Ce changement s’accompagne d’une volonté d’être toujours plus soucieux de nos fournisseurs. Pour la fabrication de nos écharpes et sacs, nous n’avons pas opté pour le made in France car nous sommes passionnés par le savoir-faire indien en matière de tissage. Nous veillons donc à ce que les ateliers avec lesquels nous collaborons soient respectueux des hommes comme de l’environnement. Nous entretenons une relation de fidélité avec eux, certains travaillant avec nous depuis plus de dix ans. Pendant le confinement, là aussi, nous avons renforcé les liens de confiance et de solidarité. En 2021, c’est sûr, nous franchissons un nouveau palier.