3 questions à ... Victoire Satto
Co-fondatrice de The Good Goods

Co-fondatrice avec son frère Thibault de The Good Goods, média dédié à la mode éthique, Victoire Satto revient sur l’évolution de cette plateforme depuis sa création il y a trois ans. Alors que les bureaux de The Good Goods vont intégrer la Caserne, plus grand accélérateur de transition écologique dédié à la filière mode et luxe, elle décrypte également les transformations nécessaires et les efforts déjà engagés du secteur pour aller vers plus de responsabilité.

Comment est né The Good Goods ?

Je suis médecin de formation, plus précisément radiologue.J’ai également toujours été fascinée par la mode. Je ne savais pas vraiment comment en faire un métier. De plus, j’ai une grande empathie pour l’humain et une sensibilité écologique liée à mon éducation. Enfin, je suis hyper active et j’ai besoin d’écrire. J’ai donc d’abord écrit pour différents médias sur des sujets de mode et de société. Ces centres d’intérêt et ces activités variés m’ont conduite à mener une enquête sur l’impact de la mode sur l’environnement. A cette occasion, j’ai découvert des méfaits mais aussi des initiatives positives pour transformer une industrie dont les pratiques n’étaient pas soutenables ! Je me suis également rendu compte qu’il n’y avait aucun support à destination de gens avec des valeurs et qui ont les moyens de consommer de façon plus responsable. J’en ai parlé à mon frère, Thibault, qui souhaitait créer une entreprise à impact. Et nous en avons conclu que cette voie avait un potentiel. C’était il y a trois ans, The Good Goods venait de voir le jour. Initialement nous avons conçu The Good Goods comme « une tête chercheuse » sur tous les thèmes touchant à la transition écologique et sociétale à destination de l’industrie de la mode. Nous avons décidé de nous adresser plus directement au grand public. Nous sommes devenus un véritable média qui aborde des thèmes autour des innovations, des initiatives durables, de l’offre engagée, des modèles alternatifs de consommation (circularité, intelligence artificielle…) dans la mode. Si mon côté scientifique s’exprime, nous nous attachons vraiment à rendre digestes et compréhensibles des sujets parfois complexes. The Good Goods c’est donc aujourd’hui une approche B to B to C assez unique soit une plateforme d’informations, une chaîne de podcasts, un annuaire, une cartographie des boutiques responsables de première et de seconde main.

Est-ce que l’accueil du grand public a été à la hauteur de vos attentes ? Avez-vous fait le portrait-robot de votre audience ?

The Good Goods a engagé sa mue en octobre 2020. C’est donc récent. Mais nous constatons que notre pari d’élargir notre cible fonctionne : nous avons triplé le trafic sur notre site dès le premier mois. Ce choix de la dichotomie, de séparer les canaux à destination des professionnels et du grand public, sert clairement la cause de la mode responsable. Notre audience est constituée à 65 % de femmes et à 35 % d’hommes mais nous allons vers une masculinisation. Le tiers de cette audience a entre 25 et 34 ans, elle est plutôt urbaine, parisienne mais tout de même bien répartie dans les grandes et moyennes villes de France. Nous sentons aussi un fort intérêt des 18-24 ans, une tranche d’âge qui est, elle, majoritairement féminine. Ce qui est intéressant aussi, c’est que notre audience assez hétéroclite en apparence, nous a tout de même permis d’identifier trois profils. Le premier est plutôt féminin, CSP +, avec un fort pouvoir d’achat, qui veut de l’information sur les initiatives responsables, mais n’est pas prêt à faire des changements radicaux dans son mode de vie. Son objectif est de se divertir, de mieux acheter mais sans aller au fond des choses. Les plus jeunes, la Gen Z, sont, eux des ambassadeurs militants. Ils vont se nourrir de nos contenus, les relayer et ils ont une préférence pour les informations portant sur le marché de la deuxième main, l’économie circulaire. Ils sont concernés par l’écologie mais vont plus loin que ce sujet car ils sont globalement sensibles à l’intersectionnalité des luttes. Enfin, les profils plus masculins, plus âgés, à gros pouvoir d’achat, sont, eux très puristes. Leur consommation est plus ponctuelle mais très exigeante.

La FFPAPF a lancé sa plateforme Ressources Green où elle recense les structures qui permettent aux marques de mieux sourcer et s’organiser. Que pensez-vous de cet outil ? Est-ce qu’aujourd’hui, il y a suffisamment de solutions mises en place pour aider la mode à être plus responsable ?

L’outil de la Fédération est très intéressant car il permet à des acteurs du changement d’être visibles, facilite et favorise les interactions et les collaborations. C’est un levier nécessaire car pour moi, les solutions pour mieux produire sont là. Le Made in France, la production à la demande… tous les outils sont à portée de main mais on a perdu le mode d’emploi du bons sens en choisissant, depuis des années, d’aller les chercher loin géographiquement et de les standardiser à la faveur des économies d’échelles. Il est important d’aider les entreprises à les (re)trouver et à les mettre en application. Il faut aussi leur permettre de mesurer leur impact et de communiquer efficacement sur les actions qu’ils mettent en place. Il faut montrer au secteur de la mode qu’il y a tout à gagner à se tourner vers des experts de la RSE pour trouver des réponses à tous les niveaux, de la création à la logistique, en passant par l’emballage, la chaîne de production… C’est important car aujourd’hui le consommateur est plus sensible aux marques imparfaites en transition, dont les efforts sont réels, qu’à celles qui pratiquent greenwashing. La transparence, l’humilité sont des valeurs qui comptent. Ceci dit, ce que je vois et mon tempérament de « pessimiste enthousiaste », me font penser que les lignes bougent. La prévention fonctionne ! Et, étrangement, je constate des aspects très positifs à cette situation de pandémie. Les gens ont, en effet, pris conscience que la production au bout du monde ne fonctionnait pas et cela à un moment où le style a véritablement fait son entrée dans la mode éthique. Nécessité et envie se rencontrent. Il y a également de vraies actions du côté industriel. Quant à la mode régénérative qui consiste à faire du vêtement non pas un déchet mais une ressource, elle est désormais portée par des acteurs importants comme Patagonia et Timberland… et cela donne évidemment de grands espoirs.

 http://thegoodgoods.fr/