3 questions à ... Olivia Grégoire
Secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable

A l’occasion du nouveau numéro de Fédération Magazine (qui sera prochainement disponible dans les salons, showrooms et une sélection de boutiques parisiennes), la secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable s’est entretenue avec Pierre-François Le Louët, Président de la Fédération Française du Prêt à Porter Féminin.

Engagée en matière de responsabilité, d’environnement, de parité, de représentation du corps de la femme, elle livre, ici, quelques éléments de cette conversation à bâtons rompus.

Qu’est-ce que la mode responsable aujourd’hui ?

C’est une mode qui va plus loin que le tropisme environnemental, nécessaire mais insuffisant. C’est donc une mode qui, en plus de sa maîtrise de l’empreinte carbone, s’attache au social et à la parité hommes – femmes dans les instances de décision. Le grand enjeu de la mode dans les mois qui viennent est ainsi de devenir un secteur plus vigilant sur l’ensemble de sa chaîne de valeur, de s’assurer que ses fournisseurs veillent au bon traitement des hommes et femmes qui travaillent pour eux et au respect des droits humains fondamentaux. La France portera cet enjeu pendant la présidence française de l’union européenne. Cela semble pour certains une évidence mais si c’était le cas, il n’y aurait pas eu besoin d’une loi en la matière votée, en France, en 2017. Pour les entreprises qui font du made in France, cette loi est une immense chance car elle les rend plus compatibles avec ces valeurs sociales incontournables et cela peut être un avantage concurrentiel énorme. Désormais, il faut une prise de position européenne et cela afin d’avoir une politique d’accompagnement globale des entreprises de la mode et non une stratégie punitive.

Certaines valeurs ont-elles déjà évolué positivement ?

Oui ! Nous avons fait des pas de géants en matière de diversité. Le stéréotype de la femme a notamment évolué très positivement. Il y a 15-20 ans, une taille de 38 était considérée comme une taille « pour grosse ». Cela a changé sous l’impulsion de marques qui ont montré des femmes normales sans se soucier de leur couleur de peau ou de leurs rondeurs. Certes, on a encore du travail sur ce sujet, la maigreur étant toujours une référence mais on a ouvert des portes. De plus les mannequins ne répondent plus à des « normes » : l’exception est mise en avant, valorisée, comme si elle était une chance. C’est sain et c’est aussi un espoir pour les jeunes gens. Cependant, je constate aussi un recours à la chirurgie esthétique croissant. Cela m’inquiète. Les chirurgies pas chères et hors de France sont un problème sanitaire. Et quelle est l’estime de soi quand on se considère comme un brouillon qu’il faut refaire ? Autre danger : les budgets de certains films atteignant des centaines de milliers d’euros, destinés à retoucher le physique de femmes et donc à promouvoir des corps qui n’existent pas.

Cette représentation faussée du corps, c’est quelque chose que vous combattez depuis longtemps…

En effet, j’avais soulevé ce sujet auprès de l’ancien ministre de la Santé Xavier Bertrand pour lequel j’ai travaillé il y a plusieurs années. J’avais une certaine liberté au sein de son cabinet pour préempter des dossiers que j’estimais être des sujets de société ou des sujets de santé publique qui n’étaient pas à proprement parler médicaux. Nous étions dans les grandes années de sanctification de la maigreur. En tant que femme, je me suis inquiétée de voir des jeunes filles de 20 ans ne rien manger quand on allait au restaurant ou trop manger puis s’éclipser. L’anorexie et la boulimie sont des pathologies chroniques qui sont encore très tabous même si elles le sont moins qu’à l’époque. L’un de mes regrets est que ce combat ait ensuite été repris par des parlementaires n’ayant pas vraiment de considération affective avec cet enjeu du corps des femmes alors qu’avec Xavier Bertrand, nous souhaitions sincèrement alerter sur les pratiques dans le domaine du mannequinat.