3 questions à Myriam Chikh-Mentfakh
Fondatrice de LeLabPlus

Myriam Chikh-Mentfakh lelabplus

La fondatrice de LeLabPlus est une pionnière de la mode éco-responsable. Sa structure, qui regroupe un bureau d’étude, un atelier de production intégré et qui collaborent avec 35 usines partenaires, accompagne les marques dans leur réflexion sur leur démarche durable et sur le made in France. Rencontre.

Comment est né Lelabplus ?

LeLabPlus est né d’une succession d’expériences, de créations d’entreprises, de constats. Cela fait 25 ans que j’évolue dans l’univers du textile. J’ai débuté dans la production, j’ai été acheteuse, chef de produits. En 2012, j’ai créé la marque éco-responsable Baby’s Secret puis j’ai co-fondé Jiuly, spécialiste du vestiaire grande taille et, en 2018, Leena Paris, griffe également positionnée sur ce segment. Quand le Covid est arrivé tous les plans de développement ont été faussés et cela pour tous les acteurs de notre secteur. Un groupement de professionnels du textile s’est créé pour repenser les façons de faire et j’ai naturellement voulu en faire partie. Connaissant bien le terrain, j’ai orchestré, avec des usines françaises, la fabrication de masques. Nous avons travaillé avec de nombreuses usines, ce qui nous a permis de les aider à monter en compétence. Après le confinement, il m’a semblé important de ne pas les laisser tomber, de continuer à collaborer avec elles. Elles formaient, en effet, un réseau, que nous pouvions mettre à disposition des marques de mode. Et c’est ainsi que LeLabPlus s’est développé : autour de ces 35 usines, mais aussi de notre expertise de l’upcycling. Les entreprises viennent ainsi nous voir pour que nous menions des audits, notamment en matière de traçabilité, et que nous leur proposions des solutions, des partenaires. Le succès est tel, que nous avons monté, en décembre 2021, notre propre atelier de production. Notre équipe qui, au début, comptait six collaborateurs emploie aujourd’hui dix-sept personnes. Parmi nos clients, il y a Le slip Français, Biocoop ou encore le Bon Marché.

Quels sont les points essentiels pour conforter une démarche éco-responsable ?

L’éco-responsabilité dans le mode s’appuie sur plusieurs piliers. On parle de durabilité et la loi AGEC, Climat et Résilience, impose désormais de l’afficher. Les marques doivent ainsi tester leurs tissus pour garantir une durabilité des matières dans le temps. Mais cela ne doit pas suffire. Il faut pousser plus loin la réflexion. Je crois beaucoup à la réparation. Les marques doivent mettre en place des services pour réparer les vêtements, s’assurer que l’on ne jette pas un produit alors qu’il peut encore être utilisé. Je défends un modèle de SAV textile, comme dans l’électroménager. Cette démarche pourrait aussi être un soutien au made in France. Un vêtement fabriqué en France est plus cher que s’il est produit en Asie et pour de bonnes raisons, sociales par exemple. Cette production locale permet aisément de mettre en place des outils pour réparer les vêtements et donc les conserver encore plus longtemps, ce qui est une vraie valeur ajoutée, donc un levier de développement. Je suis aussi une fervente adepte de l’upcycling. J’ai été une des pionnières de l’utilisation de dead stocks pour créer mes collections. Nous avons sous la main beaucoup de matières premières déjà sur le marché. Par le passé, on les a brûlées. Désormais transformons-les ! Du 10 au 13 novembre Lelabplus sera sur le salon MIF, partenaire de l’usine du futur avec Le slip français. Ce sera, pour nous, l’occasion de présenter concrètement ces valeurs notamment avec la mise en place d’un atelier de réparation.

Quels conseils donneriez-vous à une entrepreneuse, un entrepreneur, qui souhaite lancer sa marque ou prendre un virage éco-responsable ?

Il faut toujours réfléchir en amont à la traçabilité et l’impact social et environnemental. Cela nécessite de décloisonner les services et d’inverser les modes de pensée.Il faut sélectionner d’abord les tissus dont on connaît la provenance, la composition, et les conditions de fabrication et imaginer sa collection à partir de ce tissu.

Il ne faut pas seulement se focaliser sur la conception du vêtement, sa commercialisation, mais aussi sur sa fin de vie et ce, dès le début de sa création. Comment (re)penser la « réparabilité » avant même le processus du recyclage, et quels services mettre en place dans ce sens ? Il faut finalement totalement revoir les façons de travailler. C’est un exercice encore plus créatif que LeLabPlus aide à mettre en place avec ses partenaires engagés. Les stylistes et les acheteurs doivent partir de matières existantes et plus seulement de leurs purs désidératas. Je crois beaucoup que ces changements viendront des marques de prêt-à-porter : ce sont elles qui donnent l’impulsion nécessaire dans la relocalisation de notre secteur. Puis, l’industrie du luxe aidera à démocratiser et à populariser le mouvement.